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Une messe impériale sous Napoléon III

On connaît assez bien la figure politique de Napoléon III, cet éternel intrigant qui n’était pas à une contradiction près : révolutionnaire italien, putschiste trois fois mais chantre de l’ordre ; démocrate sincèrement plébiscitaire, protecteur assermenté de la IIe République, mais protecteur parjure et empereur autoritaire ; protecteur de l’Église et de la Maçonnerie, obligé du Pape et son défenseur par les armes, mais n’osant point combattre tout à fait une révolution qu’il avait lui-même soutenue dans sa jeunesse.

On connaît peut-être moins le Napoléon religieux. Peu instruit de la foi catholique, l’Empereur n’était pas pieux. Il observa pourtant rigoureusement l’obligation dominicale dès qu’il monta sur le trône, et ce jusqu’à la fin de ses jours, et fit sérieusement instruire son fils par l’abbé Godard. Cet homme contradictoire préféra renoncer au sacre plutôt que d’accorder au Pape le retrait des lois organiques, qui plaçaient l’Église en France pratiquement sous la férule de l’État, mais fit dès 1852 donner à la messe la pompe d’un triomphe impérial.

Le général du Barail a couché dans ses Souvenirs la description de ces cérémonies grandioses qui, unissant le sabre et l’autel, glorifiaient d’un seul geste et l’Église et l’armée. J.-M. Villefranche a transcrit ce témoignage vivace dans son Histoire de Napoléon III, éditée pour la deuxième fois en 1898. Sans être dupes des manœuvres d’un fin politique, nous pouvons cependant apprécier la vénération publiquement témoignée au Saint Sacrifice, et souhaiter que reviennent ces grandes manifestations dans notre pays.

Chaque dimanche, nous avions la messe au camp, et cette solennité à la fois militaire et religieuse, plus encore que les manœuvres, attirait des foules innombrables... Le spectacle méritait cet empressement, car il était féerique. En avant du front de bandière, à proximité du quartier impérial, sur un léger monticule qui l’exposait de toutes parts à la vue, l’autel était dressé, entouré de sapeurs immobiles sous l’éclair de leur hache et la neige de leur tablier. Dans leur splendide uniforme de grande tenue, l’artillerie avec toutes ses pièces attelées, la cavalerie à cheval, toutes les troupes assistaient à l’office divin, disposées en rayons concentriques dont le calice d’or semblait le noyau.

L’Empereur, suivi de tous les généraux, et escorté d’un état-major presque aussi nombreux qu’un régiment, se rendait à pied à la messe. Lorsqu’il apparaissait, les troupes présentaient les armes, les tambours battaient aux champs, les clairons et les trompettes sonnaient. Puis toutes les musiques attaquaient l’air national, que ponctuaient les salves de l’artillerie. C’était indescriptible, et les plus sceptiques d’entre nous, à tout ce bruit accueillant l’homme derrière lequel semblait marcher la patrie debout, étaient traversés de frissons électriques, qui raidissaient les membres, pour se résoudre en une goutte d’eau dans les yeux.

Pendant la messe, le général de brigade qui commandait les troupes pour la circonstance, lançait à pleine voix les commandements nécessaires... À l’élévation, le commandement de « Genou, terre ! » retentissait. L’état-major doré se courbait, l’infanterie s’agenouillait en présentant les armes. Sur les chevaux immobiles, les crinières, les aigrettes et les plumes s’abaissaient derrière les raies lumineuses des sabres. Les canons tonnaient, environnés de blancs nuages. Et, au-dessus de toutes ces forces, de toutes ces gloires, de tous ces dévouements prosternés, le disque blanc de pure farine de froment montait vers le ciel entre les doigts du prêtre.

C’était magnifique et grandiose ; et c’était une pensée profonde et salutaire que celle de donner un pareil éclat au service religieux, parce que c’était montrer à tous ces hommes promis à la mort l’image d’un Dieu, qui s’éveillera toujours, quoi qu’on fasse, dans le cœur du soldat, au moment du danger. Vouloir détruire les sentiments religieux, c’est vouloir détruire les sentiments militaires. Le jour où il n’y aura plus de croyants, il n’y aura plus de soldats, parce qu’aucune vision divine ne se penchera sur l’homme, pour lui dire qu’en offrant son sang à la patrie il trouvera là-haut des récompenses plus grandes et plus nobles que les éphémères jouissances d’ici-bas qu’on lui demande de sacrifier.

Line de France

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