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Une autre histoire de la laïcité (1/2)

Il y a peu j’ai eu le bonheur d’assister à une conférence de Jean-François Chemain. Cet ancien consultant international et cadre dirigeant d’un grand groupe industriel français a choisi depuis 2006 d’enseigner l’Histoire-Géographie dans un collège de ZEP de la région lyonnaise. Il vient de sortir cette année son nouveau livre, Une autre histoire de la laïcité et c’est ce dont il est venu nous parler.

une autre histoire de la laïcité

Jean-François Chemain nous a démonté sept erreurs communément faites sur la laïcité en France et ce sont ces erreurs que je souhaite livrer à votre réflexion (en plus de vous encourager à lire son livre). Mais avant toute chose il nous faut repartir du temps de l’Empire romain. A cette époque et sous ce régime, la religion et l’État étaient liés. La religion tenait un rôle civique, car elle faisait prier les citoyens pour l’empereur. Les Romains n’étaient tolérants envers les autres religions qu’uniquement si elles permettaient de servir l’Empire. Potestas (pouvoir humain) et Autoritas (pouvoir divin) se trouvaient donc étroitement mêlés et la religion était au service de l’Etat. Pour les Romains, une action politique (ius) ne peut réussir que si elle correspond au plan divin (fas). On comprend donc pourquoi les empereurs se proclamaient « êtres divins » et chefs de la religion.

C’est dans ce contexte que le Christ pose le principe du « Mon royaume n’est pas de ce monde », ce qui ne pouvait que poser problème aux Romains comme nous venons de le voir. Les Chrétiens sont donc persécutés, car on pense que ce sont des fous dangereux qui mettent les dieux en colère et donc perturbent l’ordre de la Cité et de l’Empire.

Une fois le contexte historique présenté et assimilé, nous pouvons passer à la réfutation des 7 erreurs concernant la laïcité que nos chères têtes blondes (et nous-mêmes par la même occasion) entendent depuis l’histoire officielle revue et corrigée par Michelet dans un sens tout anticlérical...

Grâce à la laïcité, les États se sont libérés de la tutelle de l’Église

Tout a changé dans l’Empire romain avec la conversion de Constantin et l’édit de Milan en 313. En 395 le christianisme deviendra même la seule religion acceptée et tolérée. En effet le christianisme reste toujours au service de l’État, Constantin a juste transformé son empire en un empire chrétien. Le christianisme lui assure une certaine unité et donc un meilleur contrôle. Plusieurs siècles plus tard les tensions politiques entre le monde grec de Constantinople et le monde latin de Rome, chacun épris de leur pouvoir, aboutiront à ce que l’on appellera le schisme d’Orient.

Charlemagne un peu avant considérait le Pape Léon III comme son « chapelain privé ». Il y a eu la Querelle des Investitures qui opposa au Moyen-Age la papauté et le Saint Empire romain germanique qui se disputaient les pouvoirs temporels et spirituels. Napoléon a enlevé 2 papes : Pie VI (il meurt en captivité à Valence en 1799) et Pie VII (retenu au château de Fontainebleau).

En bref, tous les descendants de l’Empire romain ont un ennemi : l’Eglise catholique !

L’absolutisme était à la botte de l’Eglise catholique

En Angleterre le roi Jacques Ier (1566-1625) veut unifier son pays pour plus d’homogénéité, mais il y a de trop nombreuses divisions religieuses. Il a donc l’idée du Popish Recusants Act, par lequel tout citoyen peut se voir demander de prêter un Serment d’allégeance reniant l’autorité du pape sur le roi. Le Pape proteste bien évidemment, ce qui aboutira à une guerre de religion. « Je ne tiens pas mon autorité du Pape, mais de Dieu » : Jacques Ier donne une excellente définition de l’absolutisme.

En France, Richelieu tint le même discours et l’enseigna au roi Louis XIII. Et de même Louis XIV, figure même de l’absolutisme. On en arrive à une quasi-sacralisation de l’État. L’absolutisme est bel et bien une arme contre l’Église catholique et donc n’était pas à sa botte, tout au contraire.

Les Lumières ont posé les bases de la laïcité

Pour certains philosophes anglais du XVIIIe siècle, la religion est à la base des guerres civiles (les fameuses guerres de religion), il faut donc enlever la religion et mettre plus d’État. Les Lumières mettent très vite en place des « despotes éclairés » en Europe. Dans ces nations l’État instrumentalise et soumet la religion à son pouvoir, ce qui n’est pas de la laïcité, comme on en conviendra aisément. On n’y trouve pas de volonté de séparation de l’Église et de l’État.

Selon Diderot, l’État doit même supprimer la religion, car elle est fondamentalement mauvaise. Voltaire, lui, tombe dans le déisme : un dieu théorique non-révélé. A son humble avis (franc-maçon et foncièrement anticlérical), l’État doit lutter contre la religion qui mène au fanatisme et la mettre sous surveillance. On ne voit ni autonomie ni indépendance de l’État vis-à-vis de la religion. Alors en quoi les Lumières auraient-ils apporté la laïcité ? En revanche, on retrouve déjà le vocabulaire révolutionnaire des futurs Robespierre et autres républicains guillotineurs en série...

La Révolution française a instauré la laïcité

1789, les biens de l’Église en France sont confisqués. Et les Droits de l’Homme qui prônent le droit à la propriété privée ? Les révolutionnaires devaient avoir les Droits de l’Homme un peu sélectifs... 1790, interdiction des vœux monastiques. Et les Droits de l’Homme sur la liberté individuelle ? Encore une fois, pas si inaliénables, les Droits de l’Homme pour les sans-culottes... La Constitution civile du Clergé est liberticide par nature.

Quelques chiffres pour prouver la volonté révolutionnaire d’éradiquer le christianisme ? 1% de la population française fut tuée durant la Terreur (au nom des fameuses valeurs républicaines certainement...), 10% du clergé fut tué durant cette même période. Les chiffes parlent d’eux-mêmes !

Mais Robespierre était-il aussi « laïcard » que cela ? A voir son essai (infructueux) d’imposer le culte de l’"Être Suprême", on en doute !

Napoléon était le dépositaire des idées révolutionnaires et les a propagées dans toute l’Europe avec ses guerres. Le Concordat de 1801 lui a permis d’acheter la paix civile en France. On pourrait croire à première vue que ce Concordat est bon, mais c’était sans compter les célèbres « Articles organiques » que le gouvernement français a imposé unilatéralement et qui ne sont pas reconnus par le Saint-Siège. Pourquoi ? Entre autres, toute décision du Pape est soumise au Conseil d’État...

Non, la Révolution française n’a pas instauré la laïcité !

[Fin de la partie 1]

Louis Pasquerel

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