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Texte de l’abbé Éric Iborra pour les fidèles défunts

Texte préparé par M. l’abbé Éric Iborra,

vicaire de la paroisse Saint-Eugène - Sainte-Cécile à Paris (IXe),
Pour la fête de la commémoration de tous les fidèles défunts le 3 novembre 2014 [1]

Nous avons fêté samedi cette foule de martyrs discrets de l’amour qui au terme de leur pèlerinage terrestre ont été accueillis dans la gloire de Dieu. Aujourd’hui, nous tournons notre regard vers la foule immense des autres fidèles défunts, et par extension vers tous les morts que notre terre a portés. Pourquoi deux jours consacrés aux morts ? Parce qu’il ne s’agit pas des mêmes ! Avant-hier nous nous tournions vers les saints, aujourd’hui nous nous tournons vers ceux qui ne le sont pas, ou plus précisément qui ne le sont pas encore. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils ont besoin de nous, comme nous nous avons besoin des saints. Samedi c’était un jour de fête, et nous avons demandé aux saints de veiller sur nous, avec les anges,en ce pèlerinage terrestre que nous effectuons encore. Aujourd’hui ce n’est pas un jour de fête, c’est un jour de supplication : nous nous souvenons des autres défunts et nous prions pour eux.

Suivons l’un d’entre eux, qu’accompagne son ange. C’est le cardinal Newman qui nous guidera, lui qui vient d’administrer l’extrême onction à son ami Gerontius et de réciter à voix basse le profiscere : « Quitte ce monde, âme chrétienne. (…) Puisses-tu t’établir sur la sainte montagne de Sion, au nom du Christ notre Seigneur ! ».

L’âme :
Je ne suis pas digne de revoir jamais la face du jour ; encore moins le visage de Celui qui est le soleil même. Néanmoins, en vie, quand j’attendais mon purgatoire, j’ai toujours eu pour consolation de croire qu’avant de plonger dans la flamme vengeresse j’aurais une vision de Lui pour me fortifier.
L’ange :
Ce pressentiment n’est ni vain ni téméraire ; oui, pendant un instant tu verras ton Seigneur. Ainsi en sera-t-il : au moment de l’accusation devant le redoutable tribunal, quand pour toujours ton sort sera joué, si tu dois t’asseoir à sa droite parmi ses élus, alors en un éclair te reviendra la vue, ou l’équivalent de la vue pour l’âme, et tu verras, au milieu des profondes ténèbres, Celui qu’adore ton âme et qu’elle aimerait approcher. Cette vision du Très Juste te réjouira, mais elle te transpercera aussi.
Quand tu verras ton Juge – si tel est ton sort – sa vision éveillera dans ton cœur de bonnes pensées, tendres, respectueuses. Tu seras malade d’amour, tu languiras après Lui, et tu ne pourras que le prendre en pitié, Lui si paisible qui dut se mettre en une position tellement désavantageuse qu’un être aussi vil que toi l’a traité avec tant de vilenie. Il y a dans ses yeux pensifs une supplication qui te percera à vif et te tourmentera. Tu te prendras en haine et en dégoût car, bien qu’à présent sans péché, tu sentiras combien tu as péché, comme jamais encore tu ne l’avais senti ; tu voudras t’enfuir et te dérober à sa vue et pourtant tu auras toujours le désir de demeurer dans la beauté de son visage. Ces deux douleurs si contraires et si vives – le désir que tu as de Lui quand tu ne le vois pas et la honte que tu éprouves à la pensée de le voir – seront ton plus vrai, ton plus dur purgatoire.
Nous avons maintenant atteint les degrés qui montent vers le lieu de sa Présence ; là, un chœur d’Anges puissants garde le passage et célèbre le Dieu fait chair. Ton jugement est proche, car nous voilà en la présence voilée de notre Dieu.
L’âme :
J’entends les voix que j’ai laissées sur terre.
L’ange :
C’est la voix de tes amis autour de ton lit, qui récitent le subvenite avec le prêtre ; l’écho en arrive jusqu’ici. Devant le Trône se tient le grand Ange de l’Agonie, celui qui le réconforta lorsqu’il s’agenouilla seul à l’ombre du jardin, baigné de sang. Cet Ange-là peut intervenir auprès de Lui en faveur des âmes tourmentées, des mourants et des morts.
L’ange de l’Agonie :
Jésus ! Par ce frisson d’horreur qui s’empara de toi
Jésus ! Par cette froide terreur qui t’écœura
Jésus ! Par ce serrement de cœur qui te fit tressaillir
Jésus ! Par cette montagne de péché qui te stupéfia
Jésus ! Par ce sentiment de culpabilité qui t’étouffa
Jésus ! Par cette innocence qui te drapait
Jésus ! Par cette sainteté qui régnait en toi
Jésus ! Par cette divinité qui ne faisait qu’un avec toi
Jésus ! Épargne ces âmes qui te sont chères, qui calmes et patientes t’attendent en prison ; hâte cette heure, et invite-les à venir à toi, Seigneur, vers ce glorieux séjour où elles te contempleront à jamais.
L’âme :
Je parais devant mon Juge !
L’ange :
Loué soit son Nom ! L’âme s’est élancée hors de mon soutien et, avec l’énergie démesurée de l’amour, elle vole jusqu’aux pieds bien-aimés de l’Emmanuel : mais avant qu’elle ne les atteigne, l’ardente sainteté qui, telle une gloire, couvre et entoure le Crucifié l’a saisie, l’a brûlée et racornie ; et elle gît à présent, silencieuse et passive devant le Trône imposant. Ô l’heureuse âme souffrante ! Car elle est sauvée, consumée, mais ravivée par le regard de Dieu.
L’âme :
Emmène-moi, et dans les extrêmes profondeurs laisse-moi. Et que je garde espoir, solitaire en ces nuits de veille qui me sont comptées. Là, immobile et heureuse dans ma douleur – seule mais pas abandonnée –, là je chanterai sans cesse mon triste chant jusqu’au matin. Là je chanterai, et j’apaiserai mon cœur affligé qui ne pourra jamais s’arrêter de battre et de languir jusqu’à ce qu’il jouisse de son unique Paix. Là je chanterai mon Seigneur et mon Amour absents. Emmène-moi, qu’au plus tôt je puisse me relever, et monter Le voir dans la vérité du Jour éternel !
L’ange :
Avec tendresse et douceur, âme chèrement rachetée, je te serre dans mes bras très aimants, et, au-dessus des eaux pénales qui roulent, je te tiens en équilibre et te fais descendre. Avec précaution je te plonge dans le lac et toi, sans résistance ni sanglot, passant vite à travers les flots, tu sombres de plus en plus profond dans l’obscur lointain. Les anges à qui reviennent cette tâche veilleront sur ton repos et prendront soin de toi. Des messes sur terre et des prières au ciel t’assisteront devant le Trône du Très-Haut. Adieu, mais pas pour toujours, cher frère ! Sois brave et patient sur ton lit de chagrin. Ta nuit d’épreuve ici passera rapidement, et le lendemain je viendrai te réveiller.

Mutato nomine de te fabula narratur. Cette âme, espérons-le, c’est chacun de vous comme c’est moi-même...


(Crédit photographique : Gonzague Bridault.)


[1Le 2 novembre étant un dimanche, la commémoration de tous les fidèles défunts est repoussée au jour suivant conformément au calendrier liturgique en usage pour la forme extraordinaire du rit romain. Dans la forme ordinaire, la messe des fidèles défunts a été maintenue au dimanche 2 novembre.

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