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Stephen Harper, un Premier ministre de conviction chrétienne

Un commentaire publié en réaction au premier volet d’un article consacré au Premier ministre canadien nous donne l’occasion d’aborder la position, souvent peu lisible, de Stephen Harper au sujet de l’avortement. Ce commentaire anonyme, et d’autant plus « facile » qu’assez peu nuancé, le voici :

Je veux bien mais je vous signale tout de même qu’il a bâillonné ses députés pro-vie alors du calme avec les encensements trop faciles.

Cela, votre serviteur, comme l’auteur de l’article cité en préambule, le savent assez bien pour avoir assisté de fort près, et pris part à l’activité parlementaire et gouvernementale canadienne. Cette proximité, cette connaissance approfondie, et notre prise de recul nous permettent d’avoir un avis radicalement différent. Stephen Harper est un Premier ministre de conviction chrétienne, dont le programme n’est pas parfait [1], mais qui est sans doute possible le meilleur gouvernant actuel. Et sur la question de l’avortement, contrairement à quelques autres problèmes, je ne crois pas que l’imperturbable serviteur de la Couronne ait à rougir de sa position actuelle ou passée.

Mais on ne saurait comprendre la position de Stephen Harper sans prendre de l’altitude. Aussi cet article, en traitant accessoirement de l’avortement, permettra essentiellement de suivre le parcours de Stephen Harper. Il convient de mettre en perspective la comparaison de ses déclarations et actions publiques avant et après 2006 [2] avec la dichotomie propre à chaque homme politique : conviction personnelle versus contingence politique.

Stephen Harper n’est pas un opportuniste

Plutôt que de se compromettre dans le parti progressite-conservateur en plein déclin, mais seul parti de gouvernement de droite après l’ère Mulroney, Harper a affirmé une ligne radicale au sein du Reform Party (1987-2000), puis de l’Alliance canadienne (2000-2003), avant de phagocyter l’antique parti progressiste-conservateur (2003), aboutissant à la création d’un nouveau grand parti de droite, le parti conservateur du Canada (depuis 2003) dont le centre de gravité s’est considérablement déporté à dextre par rapport à la situation précédente. On ne peut que distinguer là qu’une stratégie habile, donnant des fruits à moyen terme, alliant efficacité et affirmation de convictions.

Stephen Harper a su prendre le pouvoir … et le conserver

Après avoir « droitisé » la force conservatrice canadienne, Stephen Harper a su prendre le pouvoir malgré un environnement médiatique hostile. Il n’est pas utile de rentrer dans les détails, que des ouvrages d’histoire contemporaine pourront bientôt fournir. Notons seulement que de 2004 à 2006, Stephen Harper a été un chef de l’opposition efficace et patient. Dans un pays naturellement favorable aux idées du parti libéral (parti qui a gouverné 70 années pendant tout le XXe siècle), il a été le fossoyeur du parti libéral, laissant émerger le Nouveau parti démocratique, force de gauche, plus clivante, et par conséquent moins dangereuse pour les conservateurs qui apparaissent moins radicaux et plus rassurants. Il a également réduit à rien le Bloc québécois, force gauchiste de dissolution qui menaçait l’unité du Canada.

A posteriori, on peut dire que Stephen Harper a fait une lecture lucide de la situation. Sans renier aucune de ses idées, il a néanmoins compris qu’elles n’avaient aucune chance d’irriguer la société et de remplacer les idées libérales qu’à partir du sommet de l’État. Il a organisé une prise du pouvoir longue, méthodique. Pour conserver le pouvoir, il n’a pas compté sur son programme de redéfinition de l’identité de la société canadienne, car cela ne peut porter des fruits qu’à long terme. Il a habilement joué de la médiocrité de ses adversaires, qui jouissent pourtant de médias et d’une opinion naturellement plus favorables à leurs idées.

Stephen Harper a exercé le pouvoir de façon lucide

Les premières années de gouvernement de Stephen Harper ont été marquées par un savant mélange de courage et de prudence. Dans un pays majoritairement centriste, Harper a su enclencher progressivement une modification en profondeur de l’économie canadienne. Il a géré l’économie de façon prudente, ne rechignant pas à mettre en place un plan de relance après la crise de 2008. Autant dire qu’on est loin du dogmatisme économique libéral. Mais en aucune façon, il n’a mis en péril les finances publiques. Il est notable que ce sera sans doute le premier Etat occidental, parmi les grandes économies, à revenir à l’équilibre budgétaire, après un déficit de moitié inférieur aux prévisions en 2012-2013. Stephen Harper a entamé une réduction de la taille de l’État, et, au travers de la maîtrise du flux des dépenses publiques, il a réussi à abaisser le financement des organismes d’idéologie gauchiste, ou des programmes contraires à la doctrine chrétienne [3].

Les questions de société

Stephen Harper mène un combat culturel au Canada. S’il s’est d’abord concentré sur les questions économiques, c’est parce que ce sont les seules réformes qui pouvaient être menées de façon pérenne à court et moyen terme. Les combats culturels, dans un pays marqué par un siècle de domination libérale, ne peuvent qu’envisagés à long terme. Mais d’ores et déjà, la monarchie a été remise à l’honneur. La réinstallation des portraits de la reine du Canada, Elizabeth II, a fait polémique. Le jubilé de la reine a été largement fêté à travers le pays. Enfin, les visites de membres de la famille royale ont rencontré de francs succès de popularité.

Notons par exemple la refonte du livret confié aux personnes demandant la citoyenneté canadienne : de nouveaux chapitres sont consacrés à la famille, à l’armée et à la famille. Ce changement a été mené sous la houlette du très catholique ministre Jason Kenney, qui fréquente l’église de la Fraternité Saint Pierre au Canada.

Au sujet de l’avortement, le Premier ministre est contraint de ne pas approuver les députés menant un travail de fond pour remettre cette question au menu des débats parlementaires. Mais la raison est simple : les sondages et l’hostilité furieuse des médias incitent le chef conservateurs à la prudence : que vaudrait une semblable réforme s’il devait perdre les élections suivantes au profit d’un parti progressiste qui ne pourrait que faire pire. Concernant le prétendu mariage homosexuel, Stephen Harper s’est battu avec ferveur contre celui-ci, alors qu’il était dans l’opposition. Revenu au pouvoir, il a tenu parole en mettant au vote dès 2006 une motion proposant de le supprimer. Cette motion a été défaite. À nouveau, il importe de comprendre qu’un travail considérable doit être fait dans les tréfonds de la société avant de supprimer la dénaturation du mariage, car Stephen Harper a le soucis de la pérennité de son action. Que Dieu lui vienne en aide, et que Dieu bénisse le Canada.


[1Il souffre même de certains errements assez graves, comme l’asservissement des intérêts canadiens à ceux de l’État d’Israël en matière de politique étrangère.

[2Stephen Harper a gagné trois élections générales, en 2006, 2008 et 2011. Lors des deux premières législatures, il ne lui a été donné que de diriger un gouvernement minoritaire. Il est à la tête d’un gouvernement majoritaire depuis 2011 seulement.

[3Donnons un exemple concret, plutôt qu’une litanie. En 2010, au sujet du programme du G8 destiné à la protection des mères, le gouvernement canadien a refusé que ses fonds puissent servir à financer l’avortement. Cet article du journal Le Devoir (media de gauche) souligne le soutien du cardinal Marc Ouellet, alors archevêque de Québec et primat du Canada, au gouvernement de Stephen Harper : http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/289135/avortement-le-cardinal-marc-ouellet-denonce-par-la-classe-politique

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