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Sermon de l’abbé Iborra : fête de la Chandeleur (2014)

Sermon de monsieur l’abbé Eric Iborra
vicaire de la paroisse Saint-Eugène-Sainte-Cécile à Paris (IXe)
lors de la messe en forme extraordinaire du dimanche 2 février 2014
en la fête de la
PURIFICATION DE LA VIERGE MARIE

Il y a près d’un an et demi, en octobre 2012, commençait l’année de la foi voulue par Benoît XVI pour redécouvrir la « joie de croire ». Cela aurait pu être l’occasion pour nous de revisiter dimanche après dimanche les grands dogmes de la foi et goûter à cette « Joie de l’Evangile » qui caractérise le christianisme comme l’a rappelé le pape actuel dans son exhortation apostolique. Au lieu de cela, il nous a fallu prêcher presque continuellement contre la gigantesque offensive antichrétienne lancée par l’actuel gouvernement, offensive qui ne cesse de saper les fondements de notre civilisation chrétienne et de notre nation française. L’année qui s’ouvre ne nous laisse aucun répit : en quelques mois ont été votés le mariage homosexuel, l’adoption homoparentale, puis le droit à l’avortement sans condition, la pénalisation des défenseurs de la vie, l’abrogation des liens du mariage en privant l’épouse du nom de son mari, sauf mention expresse. Et déjà se prépare une nouvelle loi de mort sur l’euthanasie et le suicide assisté, une loi sur l’interdiction des écoles familiales, et tant d’autres toutes plus iniques les unes que les autres.

Mais aujourd’hui, en cette fête de la Chandeleur, qu’il nous est donné pour une fois de célébrer un dimanche, je repense à la consigne donnée par le Seigneur à ses apôtres et qui est particulièrement chère au cœur de l’un d’entre vous : « Duc in altum », « avance en haute mer ». Comme l’étymologie le suggère, prenons d’abord de l’altitude en contemplant le mystère de notre rédemption car c’est ainsi que nous gagnerons en profondeur pour mener, à la surface, c’est-à-dire dans la vie de la cité, les combats qui s’imposent.

Du mystère de la Purification de la Vierge Marie, ou de la Présentation du Seigneur au Temple, je dirai deux choses : elle est une épiphanie en même temps qu’une prophétie.

Une épiphanie, parce qu’elle manifeste le mystère de Jésus. La scène commence pourtant de manière banale. Jésus est porté au Temple au quarantième jour de sa naissance pour y être consacré à Dieu, selon les prescriptions de la loi de Moïse. « Puisque tous les hommes ont une nature de chair et de sang, Jésus a voulu partager cette condition humaine » commente l’épître aux Hébreux. Il s’assimile aux hommes, et même aux hommes pécheurs comme nous l’avons vu dans le cycle de Noël avec l’épisode du Baptême. C’est là le paradoxe du mystère de l’Incarnation. Le Fils de Dieu réussit si bien à se faire semblable aux hommes qu’il risque désormais de passer inaperçu parmi eux. Il faut alors qu’il soit montré, désigné, manifesté. Mission qui incombe à l’Esprit Saint. Celui-ci, dans la Bible, « parle par les prophètes » comme nous allons le confesser tout à l’heure dans le Credo. Syméon, sur qui repose justement l’Esprit, nous précise S. Luc, devient l’un de ces prophètes lorsqu’il reconnaît dans ce petit enfant le « Messie du Seigneur ». Et du coup l’antique prophétie de Malachie acquiert toute sa plénitude : « Soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez ». Et de nouveau éclate le paradoxe de l’Incarnation. Celui que Syméon nomme « lumière pour éclairer les nations païennes et gloire d’Israël » est un petit enfant, apparemment en tout semblable aux autres.

C’est alors que l’épiphanie tourne à la prophétie : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre ». La prophétie est accompagnée d’un signe, dans les versets qui suivent notre texte : « Toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée ». Si Jésus est manifesté, c’est parce qu’il a une mission à accomplir. Une mission à l’allure, elle aussi, paradoxale. Syméon attendait la « Consolation d’Israël » et voici qu’il la reconnaît sous les traits d’un enfant qui deviendra bientôt « signe de division » pour son peuple. « Consolation » et « division » : deux termes plutôt antinomiques ! La mission que vient accomplir Jésus inaugure en effet une « crise », c’est-à-dire, étymologiquement, un jugement. Il faudra prendre parti, se déterminer, choisir, engager sa vie. La mission de Jésus se situe bien dans la ligne de ce qu’annonçait Malachie : « Il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs ». D’une certaine manière, il est implacable.

Jésus apporte le glaive, la division, renchérira l’évangile. Il provoque un désordre. Mais de quel désordre s’agit-il ? Un désordre destiné à secouer un ordre factice pour retrouver l’ordre authentique voulu par Dieu, comme le disait S. Augustin en son temps et aujourd’hui le pape François. En effet, « il s’installera pour fondre et purifier. Il purifiera les fils de Lévi, il les affinera comme l’or et l’argent : ainsi pourront-ils, aux yeux du Seigneur, présenter l’offrande en toute justice ». La mission de Jésus est une mission de salut. Il vient secouer l’homme « gisant à l’ombre de la mort » et glissant progressivement dans les ténèbres. La lettre aux Hébreux nous fait percevoir l’urgence de cette mission qui n’est pas sans brutalité : il faut en effet que l’homme ouvre les yeux, se réveille en sursaut, s’arrache à la torpeur trompeuse qui le mène à la perdition. C’est là que se noue le drame : Jésus vient « aider les fils d’Abraham (et les « nations païennes » qui ont part à la bénédiction de celui-ci), il vient « rendre la liberté à ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclave », et son offre est repoussée : l’homme préfère l’esclavage à la liberté. C’est que pour passer de l’esclavage à la liberté, il faut aussi passer par une mort à soi-même devant laquelle on peut reculer. Redevenir brillant comme l’or ou l’argent, purifiés au feu, implique une souffrance, même si c’est une souffrance libératrice. On peut préférer les « oignons d’Egypte » à la liberté précaire du désert qui prélude à l’entrée en Terre promise. Et pourtant, malgré la brutalité de la médication, Jésus est bien « un Grand-Prêtre miséricordieux et digne de foi » comme l’affirme la lettre aux Hébreux : il vient pour guérir et sauver. Jésus va donc devenir « signe de division ». Il sera, selon le Psaume 117, « la pierre rejetée par les bâtisseurs », devenue « pierre d’angle » pour un autre peuple qui fera porter des fruits à la vigne autrefois plantée en Sion. Jésus va devoir subir, nouveau paradoxe – celui de la rédemption, cette fois – cette mort dont il venait libérer les hommes. Mais, et le paradoxe de la rédemption est porté ici au carré si l’on peut dire, c’est précisément cette mort qui délivre – volens nolens – les hommes de la mort : « ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le démon, et il a rendu libres ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves » commente encore l’épître aux Hébreux.

La prophétie qui concerne Jésus nous concerne aussi, et doublement. Par sa solidarité avec les hommes, d’abord, Jésus devient notre secours, un secours intérieur : « Ayant souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa passion, il peut porter secours à ceux qui subissent l’épreuve » dit encore l’épître aux Hébreux. Cette aide nous permet d’être associés à son mystère de rédemption, à l’instar de Marie : nous aussi, une épée ne peut manquer de transpercer notre cœur si nous nous attachons tant soit peu à celui qui vient si libéralement nous délivrer de la mort corporelle et spirituelle. Notre libération ne se réalisera pas sans que nous en payons quelque chose, même si c’est sans proportion avec la grâce divine acquise par la passion du Sauveur, quelque chose comme les deux petites colombes destinées à racheter la vie des premiers-nés au Temple.

La prophétie nous apprend aussi qu’il n’y a pas de neutralité possible dans le grand combat cosmique dont Jésus est venu précipiter le dénouement. Il faut prendre parti contre le mal et ses suppôts, ces ramifications qui poussent jusque dans notre cœur. « Que nos cœurs, illuminés d’un feu invisible, c’est-à-dire de la splendeur du Saint Esprit, soient arrachés à l’aveuglement de tous les vices », dit en effet la prière de bénédiction des cierges de la chandeleur. Il faut donc payer de sa personne et intérieurement, dans le combat spirituel, et extérieurement, dans le combat sociétal, pour ne pas dire le gros mot politique. Comme nous invitait S. Ignace de Loyola, il faut que nous choisissions notre camp et que nous nous rangions sous l’étendard de notre capitaine et Seigneur, le Christ. C’est ce que nous ferons encore aujourd’hui, une énième fois, en manifestant pour la famille et en exprimant notre défiance pour tous ces régimes empreints de libéralisme libertaire qui sapent notre ordre social et l’avenir de notre patrie.

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