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Que les regrets ne nous ôtent pas nos rêves

« Un homme n’est vieux que quand les regrets ont pris chez lui la place des rêves. » J. Barrymore

Monet, Le Parlement de Londres
Des massifs spirituels encore à traverser, du flot déchaîné des passions où tant de vaisseaux succombent, tous deux sont fascinants et invitent à la conquête.

Regretter ce que l’on n’a pas connu, regretter ce que l’on n’a pas, regretter ce qui file et n’existant plus que dans les songes et livres avidement dévorés. Exutoires comme remèdes à la misère nous enchaînant au monde en ruines où des êtres simiesques tentent, pour les uns, de trouver une place au soleil déclinant et crépusculaire, pour les autres de croire en un combat pouvant leur éviter la mort en couche. Alors il nous faut lever l’ancre loin du drame appréhendé à la fonte des neiges : avec le temps tout s’en va, et file comme les ruisseaux. Ne restent fatalement que les regrets. Combien les mouvements erratiques des eaux disséminées sur la terre, les fleuves s’écrasant sur les rochers, les quais où les bateaux jettent l’ancre, les fleuves dans lesquels les saules viennent mourir, la mer où un soleil narcissique se contemple, ont inspiré les impressionnistes refusant de voir un monde glacial imposé à la belle âme, quand tout était hier encore flamboyant et tumultueux. Chacun pèlerine sur ces eaux, irrégulières, se mouvant à l’image du cœur de l’homme et de son rythme tantôt témoin d’un torrent ardent et exalté, tantôt d’une souffrance le pressant à la potence, par le fond, noyé de mauvais alcool et de larmes.

Des eaux la vie jaillit comme elle meurt. Finalement le catholicisme est le résumé européen de la crucifixion éternelle de l’homme, cloué sur l’autel de ses passions et de ses concupiscences, libéré par la coudée franche d’un père à la face burinée commandant la force. Le coffre de nos jouets jalousement conservés dans la poussière ne peut souffrir de retranchement, pas plus que la pierre d’angle ne saurait être rejetée des bâtisseurs. Mais à nos affections des plaisirs qui égayent le cœur de l’homme en même temps qu’elles le clouent au pilori des sens, les beaux livres interdits, la nourriture généreuse, les femmes affables, se mêlent de profonds sentiments spirituels ne sachant s’exclure de cet amour du ciselage racé. La peinture sacrée rend la conscience de sa misère à l’homme quand la musique de chambre éveille son âme de poète qu’il est seul à comprendre avec les siens. Contempler hauteurs montagneuses et vallons baignés d’eaux profondes est le paradoxe humain. Des massifs spirituels encore à traverser, du flot déchaîné des passions où tant de vaisseaux succombent, tous deux sont fascinants et invitent à la conquête. Il n’est pas anodin, ce Christ prêcheur des monts et des marrées : il créa les premiers pour y bâtir des civilisations, les secondes pour la lutte sans répit de la sauvegarde. Aujourd’hui selon le mot biblique, la montagne est à la mer. Charge est la nôtre de lutter contre l’érosion de nos principes, de nos valeurs, de notre patience, et de laisser filer nos chagrins. De changer les regrets en une puissante volonté de reconstruire l’ordre éternel. Qu’ils ne prennent jamais la place de nos rêves.

lysenfleur

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