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Poncif n°6 : « La messe tridentine ne répondait plus aux attentes des fidèles... »

7 novembre 2011 Boniface, Tancrède

La version positive de ce sixième poncif est que le concile Vatican II et la messe qui en découle furent de puissants leviers pour éviter l’hémorragie des fidèles et pour évangéliser encore davantage les mécréants.

Attachons-nous simplement à l’expérience du réel, dans ce qu’il a de plus concret, de plus sachlich, dirait Benoît XVI.

Premier point, la messe. Nous n’avons jamais eu à nous plaindre d’aucune messe de rite extraordinaire. Pour ce qui est du rite ordinaire, nous avons souvent et hélas eu affaire au pire. Que l’on ne nous accuse pas de méconnaître ce dont nous parlons : nous avons, à de nombreuses reprises, assisté à des offices lors desquels le scandale fut si grand et si systématique que les fruits que nous en avons tirés dans la perspective de notre salut ont très certainement dû sentir le souffre et nous éloigner du ciel. Nous ne parlerons pas des homélies d’une fadaise abêtissante (quand un traditionaliste cite aisément les pères et docteurs de l’Église), ni le contenu des « brochures » qui, ayant remplacé le Missel, et en plus d’être d’une grande pauvreté, citent éhontément les références les plus délirantes, notamment André Gide (preuve à l’appui), écrivain débauché et pervers, pédophile et protestant. Nous passerons sous silence les médiocrités, les chansonnettes clavier et guitare en main dignes d’un feu de camp scout (sachant que les fidèles traditionalistes, éminents guitaristes et fous furieux notoires, savent faire la part des choses et distinguer le sacré du profane), les paroles d’une niaiserie et d’un sentimentalisme insupportables et inintelligibles, pour relever seulement le manque de révérence lors de la Consécration : des gens assis, des gens debout, des gens à genoux, des gens qui lisent, des gens qui parlent, des gens qui chantent, des gens qui… bref, une espèce de salmigondis sans queue ni tête, alors même que tous devraient être d’un respect total et univoque lorsque le Saint-Sacrifice s’accomplit.

Beaucoup nous répondrons alors : « Mais c’est faux ! Dans ma paroisse ce n’est pas comme ça ! » C’est justement tout le problème : les messes conciliaires sont toutes différentes les unes des autres, il n’y a aucune unité, aucune cohérence, rien d’universel. Venez une fois à une messe traditionnelle dans votre vie : personne ne manque à l’appel, tout le monde est à genoux, prie dans une ferveur intense pendant la Consécration, aucun ne manque de respect, ni envers Dieu, ni envers son voisin, et un chant digne de ce nom, universel, reconnaissable par tous les catholiques de tous les pays et de toutes les époques accompagne la célébration. Enfin l’on touche au moment redoutable. Le canon, où la loi éternelle est gravée, vient de s’ouvrir : la consécration s’achève sur les paroles mêmes de Jésus-Christ [1] La Messe est l’éternel Invariable dans un monde à la dérive toujours méconnaissable qui ne cesse de se chercher et ne trouve jamais rien ; elle est l’instrument de reconnaissance du Dieu unique ; hors d’elle, les Ténèbres. Et cette attitude nous semble la plus appropriée pour la vénération de Notre Seigneur, qui reste notre maître à tous et qui n’est pas (en dépit du catéchisme souvent dispensé dans certains écoles dites catholiques sous contrat) « ton » pote, qui n’est ni cool, ni hippie, ni prompt à tout te pardonner sur-le-champ par la simple invocation de son nom avant d’aller au lit. La messe n’a pas vocation à être ludique ou attractive :

« La liturgie n’est pas un show ou un spectacle. La liturgie ne vit pas de surprises sympathiques, de trouvailles captivantes mais de répétitions solennelles. Elle ne doit pas exprimer l’actualité et ce qu’elle a d’éphémère, mais le mystère du sacré. »
Cardinal Ratzinger, in Entretien sur la foi).

Quoi de plus mortel, en effet, que la trouvaille éphémère, l’idée subite, l’actualité pathétique, d’une laïque obligeant un prêtre à accepter ses médiocres « trouvailles liturgiques » et à la laisser distribuer la communion ? Si vous pensez que la fin justifie les moyens et qu’il fallait au moins ça pour maintenir les fidèles dans les églises, pourquoi pas : mais venez les chercher là où ils sont les plus nombreux. Chez nous.

Soyons honnêtes. Un simple constat de l’état actuel de l’Église permet de montrer que l’Aggiornamento, qui avait pour fonction, à travers le Concile Vatican II, de ramener les fidèles vers l’Église, n’a fait, en réalité, que la précipiter dans la crise dans laquelle elle est aujourd’hui embourbée. Catholiques, ne nous leurrons pas. L’Église va très mal, et même si les débauches de Taizé et les exploits des JMJ semblent indiquer le contraire, jamais le catholicisme n’a connu une telle crise. Crise des vocations, crise des croyances, affaires de pédophilie chez les prêtres modernistes, ces prêtres assermentés, baisse vertigineuse des pratiques catholiques (on parle mille fois plus du ramadan que du Carême… pour la simple raison qu’on ne le pratique plus), églises qui se vident, manque total de foi, de ferveur et de rigueur morale et intellectuelle chez la plupart des jeunes catholiques, scandales financiers à présent ; insultes, calomnies et blasphèmes quotidiens dans les médias, les arts et dans les manifestations contre le Pape, le Christ et la Vierge, etc. Et la nouvelle messe s’accommoderait donc de ce contexte nouveau ? Remarquez également comment les églises se sont mises à accueillir les expositions "artistiques" les plus misérables, allant du concert de "rock chrétien" aux toiles d’art contemporain d’une laideur qui fait offense à l’édifice lui-même ; symptômes d’une dégénérescence doctrinale qui se reflète dans cette incompréhension de considérer l’espace sacré. Le Concile (1962-1965) et la nouvelle messe (1969) encadrent historiquement la dangereuse farce que fut mai 68. Ce fut le signe d’une abdication catholique et d’une prise de pouvoir soixante-huitarde.

Le pourcentage des catholiques assistant à la messe dominicale (entendre : les seuls vrais catholiques) est d’environ 4,5%. Statistiquement parlant, il y a donc plus de musulmans qui se rendent à la mosquée ou descendent dans les rues chaque vendredi que de catholiques dans les églises ou sur les pelouses chaque dimanche : en effet 60% des musulmans français (qui représentent 9,5% de la pop. française) se déclarent pratiquants. Le bilan du Concile Vatican II ainsi que l’esprit libéral et moderne qui en ressort sont donc négatifs et déficitaires, d’autant que ce Concile a interdit de facto la célébration de la messe tridentine : aujourd’hui encore, malgré le Motu Proprio, l’évêque d’Amiens, Mgr Bouilleret, qui dispose de sept cents églises, refuse délibérément de mettre un lieu de culte à la disposition des catholiques traditionnels d’Amiens, quand il en dispense par ailleurs aux Protestants et aux Orthodoxes. Ces catholiques, rappelons-le tant cela est honteux, célèbrent le rite traditionnel chaque dimanche dans la rue, le froid et l’humiliation. Est-ce normal ? Où est la justice, la charité ? Rappelons aussi que les "intégristes", malgré leur piété et leur respect absolu de l’Eglise, se voient souvent relégués dans de minuscules prieurés ou des églises dont la capacité est souvent insuffisante pour accueillir le nombre de fidèles. Beaucoup de traditionalistes ont déjà assisté à une messe par terre, faute de places, tandis qu’au même moment des dizaines d’églises conciliaires ne sont peuplées que par quelques grands-mères. Remarquez enfin que ce n’est pas chez les traditionalistes que l’on trouvera des affaires de pédophilie, mais chez les prêtres issus des « nouveaux séminaires » : formation écourtée et donc corrompue, obligations envolées ; de fait, les éléments instables qui entrent au séminaire ne sont plus détectés et éliminés comme le permettait autrefois une scolarité dont la difficulté avait vertu de sélection des meilleurs.

Boniface
&
Tancrède.

Index des dix plus grands poncifs sur la messe tridentine

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Et prochainement sur le R&N :
 
Une conclusion ?

[1Chateaubriand, Génie du Christianisme, Paris, GF-Flammarion, 1966, t.II, Quatrième partie, Livre premier, Chapitre VI, p. 71.

7 novembre 2011 Boniface, Tancrède

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