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Poncif n°4 : « La messe tridentine est austère et sans cœur... »

2 novembre 2011 Boniface, Tancrède

C’est l’argument que mobilisent ceux pour qui la Tradition importe moins que la sincérité et le cœur de celui qui va à la messe.

Si vous êtes d’accord avec cette affirmation, convertissez-vous au protestantisme, car c’est dire que le rite est secondaire, que les sacrements n’ont qu’une valeur symbolique et que ce qui prévaut, par-dessus tout, c’est l’homme, et non le Christ. C’est donc une conception viciée de la religion catholique, car suivant cette logique, chacun viendrait à l’Église pour son petit état d’âme personnel quand la messe est justement la prière commune des fidèles assemblés, adressée à Dieu. Nous traiterons donc de cette question en deux points : la beauté du détail et l’ardeur vivifiante du sacrement.

Le sens du détail

Il n’y a aucun détail superflu dans la messe traditionnelle : rien n’y est laissé au hasard, tout y est à sa place, sensé, ordonné, hiérarchisé, parfait. Ceux qui l’accusent d’être un fatras de conventions poussiéreuses et sans aucune raison d’être à notre époque la méconnaissent et blasphèment sans le savoir. Cette messe est sainte. Et tout absolument dans cette messe renvoie au Christ et en ce sens, il n’y aucun détail superflu. Si, par exemple, le prêtre fait 33 signes de Croix pendant la durée de la messe, c’est par révérence pour le nombre d’années que Notre Seigneur a passées sur terre. Si le prêtre désigne les offrandes par des signes de croix, nous dit saint Thomas d’Aquin, c’est « pour évoquer la Passion du Christ qui a eu la croix pour terme » (Somme théologique, IIIa pars, Q.85, art.5, ad.3). S’il étend ses mains au dessus du calice en récitant le Hanc Igitur, c’est parce qu’il récapitule l’Acte du Grand Prêtre des Juifs qui plaçait ses mains sur le bouc sacrificiel pour lui transférer les péchés du peuple. Si l’on se sert de six cierges, c’est parce qu’ils représentent l’intégration du Menorah juif dans le Sacrifice – Notre Seigneur étant le Septième Cierge, celui du centre. Si le prêtre est habillé de façon royale pendant le rite, c’est qu’il représente le Christ-Roi, comme alter Christus. Serait-ce superflu ?
Jamais, car le détail fait sens et confère ainsi au rite tridentin une cohérence et une beauté qui font souvent défaut à la nouvelle messe. C’est cette beauté du détail qui la rend si grave, si solennelle et à ce point révérencieuse envers le divin que même les Anges nous l’envient. Ne nous y trompons pas : « toutes ces choses qui nous sont insensibles, Lui sont sensibles », dit saint Thomas d’Aquin ; et cette messe est d’autant plus sainte, qu’aucune de ses parties et qu’aucun des gestes codifiés qu’elle prescrit avec une minutie et une rigueur extrêmes ne sont l’invention des hommes, puisqu’elle puise leur inspiration chez les Apôtres qui avaient pour exemple le Christ lui-même.

C’est d’ailleurs au nom d’un argument théologique capital que le rite est codifié et épuise sans reste les marches de manœuvre du prêtre et refuse la liberté du célébrant. Ainsi, aucun vide, aucun « blanc », aucun « flou artistique » n’a été prévu, et cela pour éviter très précisément que le désordre, l’abus, l’inspiration d’un homme ou le scandale ne s’insinuent dans le rite. L’argument théologique consiste à dire que, dans les interstices, tous les possibles sont contenus en puissance : or, ces blancs existent dans la messe moderne, qui est par conséquent susceptible d’accueillir le surgissement du monstrueux. En effet, ce « flou artistique » qui entoure la célébration de la messe ordinaire depuis 1969 rend possible une dangereuse liberté qui est en réalité la porte ouverte aux pires abus et à toutes les dérives. Nous ne vous renverrons pas ici aux innombrables liens Internet qui témoignent de ces horreurs. Toutes ces dérives potentielles, inscrites dans ces « blancs », vous ne les verrez jamais dans une messe traditionnelle. La messe traditionnelle n’est pas susceptible d’être ridicule. Elle sera donc toujours respectée et crainte, y compris par nos ennemis, de la même manière que Satan craint Dieu.

L’ardeur vivifiante du sacrement

La lecture d’un simple catéchisme rappelle que la religion catholique est entièrement fondée sur les sept sacrements et leur administration. Tous les Pères de l’Église enseignent que le déroulement du rite est d’une importance capitale, et que le moindre manquement à l’égard du rite rend le sacrement invalide (voire sacrilège). Or, l’Eucharistie, le plus important des sacrements, est le centre de la vie d’un Catholique, car c’est la reproduction non-sanglante du Sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ. En ce sens, le rite de la messe doit être irréprochable pour que l’Eucharistie soit digne d’être célébrée in nomine Christi.

Remarquons d’ailleurs que, si l’on n’a encore jamais débattu de la validité de la messe traditionnelle (ce qui serait difficile puisque c’est la messe de tous les docteurs de l’Église), l’on n’aura à l’inverse jamais autant débattu de la validité ou de l’invalidité de la nouvelle messe, et c’est là un signe qu’il y a un doute, notamment au sujet de la forme et de la réalisation du moment le plus important de la messe : la Consécration (cf. poncif n°9).

Or, on lit dans les manuels de théologie antérieurs à la mise en œuvre du Novus Ordo Missae du concile Vatican II : « En conférant les sacrements, il n’est jamais permis d’adopter une manière d’agir dont la validité n’est que probable, et d’abandonner la conduite la plus certaine. Agir autrement serait un péché très grave contre la religion, nommément un acte d’irrévérence au sujet de ce que le Christ notre Seigneur a institué. Ce serait un péché très grave contre la charité, car le récipiendaire pourrait probablement être privé des Grâces et des effets du Sacrement ».

Dans de telles circonstances, les Catholiques aurait davantage intérêt à s’abstenir de toute participation au rite ordinaire, ne serait-ce que par doute, à moins que le doute ne soit dissipé par l’assurance que le célébrant respecte à la lettre les consignes du magistère romain en la matière, et notamment celles du cardinal Ratzinger devenu pape Benoît XVI. « C’est pourquoi, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement sera coupable du Corps et du Sang du Seigneur (...) Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation » (saint Paul, 1 Corinthiens, 11:27). Les traditionalistes ne prennent pas ce risque, car il est vraiment dément (et c’est un euphémisme) pour le salut de donner ou de recevoir un sacrement dont la validité serait seulement « probable ». La validité doit être certaine.

Boniface
&
Tancrède.

Index des dix plus grands poncifs sur la messe tridentine

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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2 novembre 2011 Boniface, Tancrède

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