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Poncif n°3 : « Le prêtre est dos aux fidèles, c’est du mépris »

28 octobre 2011 Boniface, Tancrède

Cet aspect du rite surprend sinon rebute beaucoup de catholiques. Il est pourtant capital. Il faut simplement comprendre que la messe n’est pas une conférence ni un « meeting » mais un sacrifice qui demande que toutes les actions du prêtre et de ses ouailles soient adressées à Dieu. Dans la messe traditionnelle, le prêtre est l’intermédiaire entre Dieu et les hommes, il est le pivot entre l’assemblée et la Croix, et c’est pourquoi il fait face au Tabernacle qui conserve le Corps du Christ, lequel est le véritable Centre de la messe ; si le Centre de la messe doit bien en effet être Dieu, et non l’assemblée, il est normal que le prêtre comme les fidèles regardent ensemble en direction de l’Orient. Aussi ne doit-on pas tourner le dos à Dieu.

N’oublions pas en effet que la messe est une demande et le prêtre un intercesseur : peut-on imaginer un enfant demandant le pardon à son maître de classe en faisant face à ses camarades d’école ? Mais si le prêtre est un mediator , cela ne signifie pas pour autant que les fidèles sont exclus du rite ou qu’ils en sont étrangers : le Sacrifice de la messe est accompli et offert pour toute l’Eglise, tous les fidèles, comme le rappelle l’Orate Fratres [1] ou le début du Canon [2] C’est une vérité affirmée depuis toujours par le Magistère :

Non seulement les prêtres offrent, mais aussi tous les fidèles, car ce qui s’accomplit d’une manière spéciale par le ministère des prêtres se fait d’une manière universelle par le voeu des fidèles [3]

Pareillement, toute la seconde partie de l’encyclique Mediator Dei de Pie XII, « Participation des fidèles au Sacrifice Eucharistique », offre une synthèse complète et admirable sur le rôle du prêtre et la juste place des fidèles au sein du rite. Ainsi, tandis que dans la messe conciliaire le prêtre ne fait que "présider" une assemblée, l’assemble d’une messe traditionnelle s’unit à la prière du prêtre pour que, tous ensemble, ne formant dès lors plus qu’un seul et même corps, ils réalisent enfin, dans la même direction, l’unité : c’est la transcendance. Et quelle est cette direction ? L’Orient, la Terre Sainte, vers ce lieu de la terre où un axe s’est formé depuis le ciel et d’où est venu Celui auquel le sacrifice est destiné. Est-ce un détail ? Pas pour le Docteur officiel de l’Église catholique, Saint-Thomas d’Aquin qui, dans sa Somme Théologique (IIa-IIae, Q.84, art.3), en donne les trois raisons capitales :

Premièrement, l’indice de la divine majesté nous est manifesté par le mouvement du ciel, qui part de l’Orient.
Deuxièmement, c’est à l’Orient qu’était établi le Paradis, selon le texte des septante (Genèse, 2:8) et nous demandons ainsi à y retourner.
Troisièmement, le Christ, « Lumière du monde », qui est appelé « Orient » (Zacharie, 6:12) et qui « est monté au-dessus de tous les cieux de l’Orient » (Psaumes, 67:24) d’où nous attendons aussi son Dernier Avènement, selon ce que dit Matthieu (24:27) : « Comme l’éclair part de l’Orient et brille jusqu’à l’Occident, ainsi en sera-t-il de l’avènement du Fils de l’homme ».

C’est pour ces trois raisons principales que le prêtre doit être dirigé vers l’Orient à l’instar de l’assemblée. Ainsi, ceux qui participent et approuvent la nouvelle messe ne font que reproduire le schéma d’un célébrant dos à la Croix et donc dos à Dieu, schéma dont Notre Seigneur lui-même, dans la bouche du prophète Jérémie, s’était plaint ; cette conformation impie, Dieu l’invoqua en effet comme la raison qui l’amena à détruire le temple : « Car ils tournent vers moi leur dos, et non leur face » (Jérémie, 2:27). Rappelons que, dans ce même passage de Jérémie, Dieu ravage le royaume d’Israël qui « lui a tourné le dos ». Sans surprise, Luther, le premier, suggéra cette inversion de la polarité qui, en déplaçant le centre de la messe de la Croix à l’assemblée, vaut comme une révolution et un oubli de Dieu.

Boniface
&
Tancrède.

Index des dix plus grands poncifs sur la messe tridentine

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Et prochainement sur le R&N :
 
Une conclusion ?

[1Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam nominis sui, ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae.

[2...in primis quae tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta Catholica ; quam pacificare, custodire, adunare, et regere digneris toto orbe terrarum : una cum famulo tuo Papa nostro N.

[3Innocent III, De Sacro Altaris Mysterio, III, 6

28 octobre 2011 Boniface, Tancrède

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