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Liberté et fidélité : l’identité malouine

Il n’y a pas de jour où, rêvant à ce que j’ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m’infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j’ai presque toujours trainé dans le malheur.

François-René de Chateaubriand, in Les Mémoires d’Outre-Tombe

Le combat pour notre Patrie n’a de sens que si nous connaissons son âme et son identité. Or, contrairement à un discours répandu à gauche mais aussi au sein de la fausse droite, la France n’est pas née en 1789. Façonné de main de maître par le génie capétien au cours des siècles, l’Etat français règne sur une nation composée de mille petits pays à l’Histoire et aux traditions biens spécifiques, à l’identité éprouvée par les siècles.

Evoquons ici une cité de Bretagne pas tout-à-fait bretonne, d’un port français qui pendant quatre ans se sépara unilatéralement du Royaume de France, d’une vielle ville qui accoucha de Surcouf et de Chateaubriand. Je veux bien sûr parler de Saint-Malo, la cité corsaire.

L’âme malouine, c’est un esprit d’aventure et d’éternelle jeunesse qui devrait inspirer la nation toute entière. Entre les murs clos de la vieille ville, sont nés de grandes plumes et de hardis marins, d’honnêtes gens et presque autant de coquins.

L’indépendance et la fidélité, voilà deux traits spécifiques de la ville natale de Chateaubriand.

L’indépendance : ballotée par les vents, la cité malouine fut fondée au VIe siècle sur un rocher par un religieux gallois, saint Maclou (Mac Low) qui donna son nom à la ville. Longtemps insulaire, Saint-Malo n’a pu qu’inspirer l’esprit d’indépendance de ses habitants. Les ducs de Bretagne seront les premiers à subir cette méchante habitude malouine. Au Moyen-Âge, le duc n’est point maitre en la ville : c’est l‘évêque qui gouverne à Saint-Malo. Déjà, la ville se signale par l’influence déterminante de la sainte religion catholique sur le cours des évènements politiques. Indépendante, la cité sait aussi commercer avec succès : la cité est prospère, et commerce avec tout l’Atlantique, du Portugal à l’Angleterre, et jusqu’à la Hanse. Saint-Malo devient une ville bourgeoise de propriétaires, d’armateurs et de marchands. Une telle prospérité excite les jalousies, et la ville est tantôt française, tantôt bretonne avant d’intégrer définitivement le Royaume de France en 1493.

Un siècle plus tard se manifeste l’un des évènements les plus singuliers qu’ait connu une ville de France. Entre 1590 et 1594, Saint-Malo la catholique, refusant d’obéir à un prince protestant (Henri de Navarre), proclame son indépendance. La République malouine est proclamée, conséquence du catholicisme intransigeant de la ville, dont la Foi est plus forte que l’allégeance à un Prince. D’où la devise officieuse de Saint-Malo : Ni français, ni breton, malouin suis ! À sa Foi, la vieille cité demeure fidèle.

Avec la conversion d’Henri de Navarre, Saint-Malo redevient française, et ses hardis marins couronnent de lauriers la gloire de la France. Jacques Cartier, Duguay-Trouin, Ohier de Grandpré, Mahé de la Bourdonnaye... Puis, sous la Révolution et l’Empire, l’immense Surcouf. L’histoire maritime de la cité corsaire est trop riche pour être ici décrite, aussi vous renverrons-nous aux ouvrages dédiés.

Enfin, Saint-Malo est l’image la plus parfaite de la renaissance d’une ville. Car aussi glorieuse soit-elle, la vieille cité a souffert dans sa chair lorsqu’en août 1944, les bombardements américains l’ont détruite à plus de 90%. L’ile de Cézembre, au large, soutint un siège indescriptible et fut arrosée de napalm.

La rue Saint-Vincent après les bombardements. La ville est depuis ressuscitée.

Mais tel le phoenix, la ville natale de Chateaubriand ressuscita, une fois encore grâce à la fidélité et à la ténacité de ses habitants. Saint-Malo fut reconstruite selon un plan fidèle à la disposition de l’ancienne cité, si bien qu’aujourd’hui l’on croit se promener dans les vieille rues de la cité millénaire. D’autres ports dévastés, comme Brest ou Lorient, n’ont pas eu cette chance. Le maire de Saint-Malo, Guy La Chambre, ne fut pas étranger à cette réussite.

Singulière histoire que celle de Saint-Malo ! Si particulière, fière jusqu’à l’indépendance, la cité corsaire épouse un destin qui ne peut manquer d’émouvoir et d’inspirer tout jeune de bon sens. Car Saint-Malo, ses vieux remparts et son horizon brumeux incarnent la Liberté et la Fidélité. Semper Fidelis, telle est la devise de la ville.

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