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Liban : une chrétienté divisée

Le Liban, petit état du Moyen-Orient, peuplé de plus de 4 millions d’habitants, est l’une des principales victimes de la déstabilisation de la région. Il doit accueillir l’arrivée massive des réfugiés syriens qui seraient aujourd’hui près de 1,5 million sur son territoire, soit un tiers de la population du pays. A cela s’ajoute le marasme économique et surtout la vacance de la présidence de la république depuis mai 2014.

Les chrétiens Libanais, divisés en divers obédiences dont les deux majoritaires sont les maronites (rattachés à Rome) et les grecs orthodoxes, ils représentent 35 à 41% de la population. Ce sont notamment les maronites qui furent à l’origine du projet national à travers la doctrine du « phénicianisme » et la construction progressive d’une autonomie politique autour du Mont-Liban qui commença sous l’empire Ottoman. Loin d’être une communauté fermée, elle est au contraire très active autant sur le plan économique que politique, puisque de célèbres hommes d’affaires comme Carlos Slim ou Carlos Ghosn sont des maronites du Liban, et que la présidence de la république leur est réservée. En effet, le Pacte National de 1943 fonde un régime confessionnel au Liban, la présidence de la république est réservée aux maronites, celle du parlement aux chiites, et les sunnites ont pour eux le poste de Premier ministre.

Malgré la situation de crise gravissime, les leaders politiques chrétiens n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la présidence. En effet le président est élu par le Parlement et non par scrutin populaire. Ces divergences s’expliquent par une bipolarisation du monde politique libanais : d’un côté le mouvement du 14 mars, contrôlé par les sunnites du Courant du Futur (mouvement issu de la riche famille Hariri), plutôt libéral et soutenu par les États-Unis et l’Arabie Saoudite. C’est un mouvement qui naît en opposition à l’occupation syrienne et qui est donc farouchement anti-Assad. Chez les chrétiens on y retrouve notamment des anciens chefs des milices phalangistes de la guerre civile comme Samir Geagea pour les Forces Libanaises et Pierre Gemayel pour les Kataëbs. En face de cette alliance sunnito-chrétienne, il y a le 8 mars. C’est une coalition qui se forme en réaction au mouvement anti-syrien de la Révolution du Cèdre de 2005. Construit autour du parti chiite Hezbollah, il est proche de la Syrie et de l’Iran, très anti-israélien, et tire sa popularité de sa résistance à l’invasion de Tsahal en 2006. Michel Aoun, chrétien maronite, chef du Courant Patriotique libre, s’allie au mouvement en 2006 alors que paradoxalement il a été l’un des chefs militaires de la lutte contre l’occupation militaire syrienne.

Ces chefs politiques sont présents sur la scène nationale depuis des dizaines d’années, et se sont pour la plupart d’anciens militaires ou miliciens. Aujourd’hui la haine entre les deux camps ne fait que se renforcer face à la crise syrienne. Alors que certains voient en Bachar El Assad le garant de la sécurité face à la menace terroriste, d’autres critiquent le Hezbollah pour son intervention au côté du régime, ce qui fait du pays une cible pour les groupes islamistes sunnites. N’oublions pas que cet été, la frontière syrienne a fait l’objet de combats répétés entre l’armée libanaise et des terroristes, qui ont entraîné la mort de 14 militaires. Face à cette inertie d’un monde politique clivé et la montée des tensions, notamment entre les chiites et les réfugiés syriens, le patriarche maronite Bechara Boutros Rahi a plusieurs fois appelé à l’unité des leaders chrétiens qui placent leur communauté face au risque de perdre un poste de pouvoir au sein du pays : la présidence de la république. Dans plusieurs sermons il a fustigé les comportements irresponsables des leaders politiques qui se battent pour le poste plutôt que pour l’intérêt supérieur de la nation.

Sur le long terme, cette inertie des chefs politiques chrétiens ne promet rien de bon. Ces derniers brisent les solidarités au sein des communautés comme au sein de la nation et fragilisent le pays face au défi syrien. Les solutions aux problèmes semblent obligatoirement passer par un renouvellement de la classe politique du pays. Classe où l’on se partage le pouvoir entre clans, entre familles, or ce système entraîne le pays à sa ruine en favorisant la corruption à grande échelle et la perte d’intérêt pour les préoccupations des citoyens. Les chrétiens peuvent cependant compter sur leurs leaders religieux qui ont toujours fait preuve d’un grand engagement en faveur du dialogue inter-communautaire, mais aussi sur une armée qui, malgré son sous-équipement et les nombreux morts au champ d’honneur, a su conserver une unité certaine face à la menace terroriste. Rappelons à ce sujet que la France fut empêchée par des pressions israéliennes de lui livrer certaines armes (notamment des missiles de haute technologie), de peur que les Libanais ne l’emploient plus tard contre son territoire, fragilisant de fait la force de frappe de l’armée libanaise.


leParabalani

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