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Les combats perdus du BCH Alexis Vastine

1er avril 2015 Rédacteur

Mais qu’est-ce que le Bon Dieu voulait donc à la fin ? Quelle est la logique dans les desseins brisés et les destins illisibles ? La trop courte vie d’Alexis Vastine, que j’ai eu l’honneur de connaître et d’accompagner est un mystère qui ne nous laisse que des questions sans réponses. Alexis, quelle était ta vocation ? Pourquoi tant d’échecs ? Pourquoi cette vie pleine de coups et de bleus à l’âme ? Pourquoi tant d’essais infructueux et de victoires volées par d’autres… Ce "pourquoi", plein de rage, de sueur et de larmes que tu hurlais sur le ring à Pékin.

Quand, après de superbes titres mondiaux dans le domaine militaire — le seul milieu qui a su te glorifier — aux JO de Pékin et de Londres, tu t’es fait volé la médaille d’or par des arbitres vendus et le diktat de l’audimat, lequel préfère un espoir du Tiers-Monde qu’un petit Normand de souche blond aux yeux bleus (comme me l’avouait un journaliste vedette de la télévision d’État), tes larmes et ton cri étaient mus par la révolte de l’innocent bafoué incapable de concevoir la duperie à ce niveau de la compétition. Nous pensions tous au poème de Kipling et avions tous envie de te réconforter en te disant que "si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot te remettre à rebâtir, ou perdre en un seul coup, le gain de cent parties, sans un geste, sans un soupir…"

Et tu as appris à te relever de ces coups bas : c’est cette rage de continuer coûte que coûte, de toujours remonter sur le ring de la vie qui m’a fasciné chez toi. Fin février dernier, je te demandais si tu avais décidé d’arrêter, tu m’avais répondu brusquement : "Écoute, si j’arrête, c’est que je serai plus heureux ailleurs, je pense que c’est le principal dans la vie d’être heureux... Mais non je n’ai pas arrêté !"

Cette course au bonheur, tu as transpiré sans cesse pour tenter de la gagner... Tu t’es vautré dans les paradis de la gloire médiatique que ton talent et ta bogossitude t’offraient sur un plateau mais ni l’alcool, ni les autographes, ni les plateaux de télé n’ont comblé ta soif d’écorché vif. "Si tu peux rencontrer triomphe après défaite, et recevoir ces deux menteurs d’un même front, si tu peux conserver ton courage et ta tête, quand tous les autres les perdront". L’éducation et l’amour de tes parents t’ont un peu protégé et surtout permis de te relever après chaque chute… Au-delà de tout cela, tu convenais facilement que ton seul bonheur était ta famille, et Dieu sait combien la tribu Vastine, où tout le monde boxait sous la direction de ton père, était unie, et ce encore plus depuis la mort de ta sœur — boxeuse aussi — dans un accident de voiture en janvier.

À l’image de ta manière de boxer, tu avais, tu as une élégance aérienne et une dignité du cœur qui avait peut-être encore plus d’impact que ton crochet gauche. Je me souviens d’un combat au cirque d’hiver où tu m’avais gardé une place... Je venais croyant me retrouver au milieu de gars de Ménilmontant, fumant des gauloises et parlant comme Maurice Chevalier en acclamant Serdan — fracassé comme toi en plein vol. La loi Évin et le regroupement familial ont un peu transformé les ambiances des salles de boxe de la France d’après… Mais toi, par ton attitude irréprochable et par ta force de persuasion, en mettant les poings sur les i, tu faisais comprendre, silencieusement, à toute une salle hostile en quoi la boxe est toujours le noble art … "Si tu peux rester digne en étant populaire..." À la fin, après un splendide uppercut, sous les huées de « djeuns » quand tu terrassais un des leurs, tu restais souriant, repartant du ring, après avoir laissé un adversaire K.O. en saluant paisiblement ceux qui te menaçaient de mort : "si tu peux être fort sans cesser d’être tendre, et te sentant haï, sans haïr à ton tour, pourtant lutter et te défendre".

Je retiendrai pour toujours, ta droiture et ta dignité sur le ring comme dans les combats de ta vie. L’Histoire ne t’a pas accordé la reconnaissance dont tu rêvais, la malhonnêteté des hommes ne t’a pas donné les lauriers que tu méritais, tu es beaucoup tombé, mais tu es resté avec une innocence et un bon sens terrien qui mystérieusement t’ont auréolé d’une lumière plus intense que celle des stars médiatiques, une lumière plus réelle, plus éternelle : une heureuse lumière jaillie de ton cœur pur, cœur pur qui verra Dieu. « Ce qui vaut bien mieux que les rois et la gloire ; tu seras un homme mon fils ! »

Puisse le Seigneur des combats, te recevoir, soldat du Train des Équipages, dans une vie nouvelle où tu ne recevras plus de coups, où tu ne seras plus éliminé par la duperie de faux juges, mais où l’Arbitre divin te remettra, en toute justice, l’immarcescible couronne de gloire des athlètes de la Foi. Après tant de combats où celui qui était ton entraineur mais aussi ton père, te signait sur le front avant le gong, après tant de coups reçus et donnés, d’insultes et de crachats par les foules étrangères et cruelles des nouveaux cirques, après tant de chutes et de relèvements, tant d’échecs incompris et tant de générosité au cœur, Alexis, petit Normand perdu dans la jungle sportive mondialiste, que Jésus t’accorde la victoire éternelle.

Arnaud D.

1er avril 2015 Rédacteur

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