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Nous avons tous, ancré au plus profondément de notre âme, un serpent noir. C’est ma conviction profonde. Ce serpent peut sommeiller paisiblement pendant des années, calme, inoffensif. Il se peut aussi qu’il étrangle peu à peu le cœur d’un homme, y répandant les ténèbres. Le plus souvent cependant, il oscille entre ces deux formes de vie, se faisant oublier pendant des années, attaquant soudainement, repartant aussitôt. Créature sournoise s’il en est, il se déguise, porte plusieurs noms, change de forme : il s’appelle haine, violence, égoïsme, indifférence, folie… Sa morsure peut être fatale, tout comme le venin peut mettre des décennies à se répandre. Échec et mat.

  • Chapitre premier : la morsure

Mon serpent, c’est le désespoir. Son venin, c’est ma colère. Il s’est réveillé aujourd’hui. J’étais dans le métro. Je n’ai rien pu faire. Les envolées lyriques de Queen qui résonnaient dans mes oreilles non plus. Quand mon serpent mord, mon cœur se serre en même temps que mes poings. L’idéalisme qui m’a toujours caractérisé se noie dans les torrents glacés du désespoir. Je ne veux plus lutter, je ne veux plus croire en un monde meilleur, plus juste. Je ne peux plus. Une seule chose m’obsède : voire ce monde brûler, et brûler avec lui. Pourquoi se battre après tout ? Pour le Monde, pour ce monde ? Un monde qui a abandonné son Père, lui préférant de nouvelles et futiles idoles ? Un monde qui tue les enfants dans le ventre de leur mère, qui se débarrasse des vieillards trop coûteux ? Un monde qui a fait de ses habitants des esclaves du dieu Consommation, aveugles, égoïstes, naïfs ? Un monde qui sacrifie l’Histoire des Nations à un cosmopolitisme dégénéré ?

Se battre pour qui ? Pour les habitants de ce monde qui s’écroule ? Se battre pour de dociles moutons de Panurge se jetant en file indienne dans des eaux déchaînées, le sourire aux lèvres, le tout dernier iPhone dans la poche de leur jean Levis ? La morsure de mon serpent fait naître en moi un mépris global. Les politiques véreux, roitelets impuissants d’un monde en ruine, les bobo-responsables de gauche et leur morale 2.0, les bourgeois de droite engraissés, les néo-frontistes illettrés, les soviétiques perdus dans un coin du passé, les beaufs en survêtement Domyos dans le métro, les racailles et leurs besaces Louis Vuitton à cinq euros, les grenouilles de bénitier, saintes nitouches en puissance, les athées laïcards et leur Sainte République… plus personne ne trouve grâce à mes yeux.

Le tunnel sans fin du métro défile devant mon regard vide. Palais de Justice, Saint-Michel, Empalot, Saint-Agne : il faut descendre. Quitter la rame grise, prendre un escalator gris, sortir. Il pleut. J’allume une cigarette, la pluie rafraîchit mon visage. La tempête est passée. Elle a fait des dégâts. Ce bref instant de haine m’a vidé de toute énergie, comme à chaque fois. Je ne pense qu’à mon lit. Pourtant, une fois arrivé, le sommeil ne vient pas. J’ai l’impression d’avoir perdu quelque chose. J’essaye de réfléchir, de me reprendre. C’est peine perdu. Mon portable indique deux heures du matin. Pour penser à autre chose, j’attrape un bouquin posé par terre. Brasillach, les poèmes de Fresnes : mon recueil préféré. Rien n’y fais, je n’arrive pas à me concentrer, je sens le serpent frémir de nouveau en moi. C’est la première fois que sa morsure me fait si mal. Une seule envie : abandonner ce monde corrompu. Le combat est de toute façon déjà perdu.

« Mon Dieu, vous avez échoué ! Le monde est mauvais, l’homme, votre création, est mauvais. Noé n’aurait rien à sauver. ».

Je sors. Le vent glacé de la nuit fouette mon visage. J’ai peine à allumer ma Goldo. Dans le ciel, pas d’étoiles, pollution oblige. La nuit va être longue. La journée encore plus.

  • Chapitre deuxième : Christus Vincit

Rien ne semble pouvoir me sortir de la torpeur dans laquelle m’a plongé mon serpent. Dans le cendrier, j’écrase une n-ième cigarette. Il est temps de rentrer. De retour dans mon lit, mon regard tombe sur le carnet de la Messe d’à-Dieu à mon grand-père, accroché au mur. Sur la photo, il me sourit. Instinctivement, je lève les yeux vers le crucifix suspendu juste au-dessus. Et c’est là, couché dans mon lit, plongé dans la pénombre, que soudain tout s’éclaircit.

Pendant des heures d’insomnie, j’avais cherché une réponse accrochée à vingt-cinq centimètres de mon oreiller. C’était pourtant évident. Mon serpent noir, nul autre que l’incarnation de mes péchés, est là depuis toujours. Mais il aura beau mordre, répandre son venin tant et plus, il a perdu, et il le sait. Il a pris peur le jour où Dieu décida d’envoyer son Fils unique sur Terre. Il a perdu lorsque le Christ est ressuscité, triomphant de la mort.

Le Christ a donné sa vie pour sauver les hommes de leurs péchés. Il a enduré mille souffrances, mille tortures, mille trahisons, sans jamais renoncer. Il est allé jusqu’au bout. Et moi, à la première morsure du serpent, je défaille, j’abandonne, je désespère.

Pourtant, cette attaque que j’avais d’abord crue si violente n’était autre que les ultimes spasmes du serpent agonisant. Oui, il est sommeille en moi, au plus profond de mon âme. Mais cette âme est toute dévouée à Dieu, son créateur. Le serpent est prisonnier. Il vit ses derniers instants, et ses attaques ne sauraient me détourner des combats qui sont les miens, qui sont ceux du chrétien. Être dans le monde sans être du monde. Quel que soit l’état de délabrement avancé du monde, il est le mien. L’abandonner, le voir brûler et brûler avec lui, ce serait le triomphe du serpent. Il me faut réarmer mon cœur, et reprendre le combat. Et quels que soient les obstacles, se battre pour la conversion des hommes, pour la gloire de Dieu, pour le rayonnement de son Église, ainsi que pour celui de sa Fille aînée. Échec et mat.

Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat.
Aymon Vallois d’Arjac

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