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Le lys et le chardon, sept siècles après Bannockburn

24 juin 2014 Thibault Corsaire

Une vieille alliance gravée sur la peau d’homme, par le sang

Des siècles durant, le lys mêla sa destinée à celle du chardon. Ce qui n’était au départ qu’un pacte conclu entre la France, l’Ecosse et la Norvège contre un ennemi héréditaire commun devint plus tard une alliance légendaire entre Paris et Edimbourg.
En Ecosse, l’Auld Alliance n’est pas oubliée. Peut-on en dire autant de l’autre côté de la Manche ?
Qui se souvient du concours apporté par le Roi très chrétien à son homologue écossais dans sa lutte contre l’Anglais ? Comment diable avons-nous pu oublier que la libération d’Orléans par Sainte Jehanne se fit au son endiablé des cornemuses écossaises ? Ou encore les gardes et régiments - le Royal Ecossois- au service du monarque français ? Pourtant, Jaques Stuart (1633-1701), dernier roi catholique d’Ecosse - qui régna également sur l’Angleterre sous le nom de Jacques II - repose à Saint-Germain-en-Laye, cité natale du Roi Soleil.

Au XVe siècle, le poète Alain Chartier s’exclamait : «  L’Auld Alliance n’a pas été écrite sur un parchemin de peau de brebis mais gravée sur la peau d’homme, tracée non par l’encre mais par le sang.  »

Fait rare dans l’histoire, cette Vieille Alliance eut des conséquences considérables en droit civil interne, puisqu’elle conféra la nationalité française aux sujets du roi d’Ecosse.
Sur papier et sur les champs de bataille, lys et chardon allaient de pair.

Les 700 ans de la victoire de Bannockburn contre l’Anglais

Si ce temps est révolu, il n’est est pas moins pertinent de célébrer cette antique amitié franco-écossaise.
A l’instar des Français, les Ecossais commémorent en 2014 la victoire d’un roi qui assura l’indépendance de la Patrie face aux prétentions étrangères.

En France, nous tournons nos pensées vers Bouvines, champ sacré où Philippe-Auguste fut vainqueur de Jean Sans-Terre et Othon. Pressé par l’Anglais et l’Empereur, le roi assurait ainsi l’intégrité de sa couronne et emportait l’adhésion des milices bourgeoises. En 1214, le sentiment national français était né.

En Ecosse, le roi vainqueur se nomme Robert Bruce (1274-1329). En 1314, huit ans après l’exécution de l’insurgé William Wallace, il remporta une victoire décisive à Bannockburn contre le roi d’Angleterre.
Moins de dix mille écossais écrasèrent une armée anglaise comptant près de vingt-cinq mille hommes.
L’indépendance du pays était assurée – jusqu’à l’Acte d’Union de 1707. Sur le plan militaire, la victoire écossaise fut assourdissante : la puissante cavalerie du roi Edouard avait buté sur un redoutable mur de piques : les schiltrons. Ironiquement, l’observateur remarquera que la devise de l’Ecosse est « Nemo me impune lacessit  » : Qui s’y frotte… S’y pique !
La bataille se déroula il y a exactement sept-cent ans, les 23 et 24 juin 1314.

L’indépendance chantée par les bardes

La victoire éclatante de Bannockburn fut naturellement chantée par les poètes et les chansonniers. A la fin du XVIIIe siècle, Robert Burns, le « barde de l’Ayrshire », composa le poème Scots Wha hae , imaginant le discours de Robert Bruce à ses hommes avant la bataille. Burns écrivit ces vers en Scots, langue germanique proche de l’anglais, parlée dans les Basses-Terres d’Ecosse :

Traduction :

« Ecossais, qui avez versé votre sang avec Wallace,
Ecossais, si souvent conduits par Bruce,
Acceptez de mourir
Ou de vaincre !

Voici venus le jour et l’heure
Voyez la ligne de front
Voyez la puissance du fier Edouard,
Les chaînes et l’esclavage !

[...]

Renversez les usurpateurs !
A chaque ennemi défait, un tyran disparait !
La liberté réside dans chaque coup !
Laissez-nous vaincre ou mourir !
 »

1214 en France ; 1314 en Ecosse : il est temps de se remémorer les hauts faits d’armes des rois qui, en dignes serviteurs du Bien commun et débiteurs de Justice, parachevèrent l’indépendance de leur nation.

24 juin 2014 Thibault Corsaire

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