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« Le libéralisme est un péché » : le catholicisme libéral [Partie II]

Du catholicisme libéral : définition, essence et raison intrinsèque

Don Félix Sarda y Salvany pose cette question simple mais irrésolue : « Le libéralisme est l’affirmation dogmatique de l’indépendance absolue de la raison individuelle et sociale. Le catholicisme est le dogme de la sujétion absolue de la raison individuelle à la loi de Dieu. Comment concilier le oui et le non de deux doctrines si opposées ? »

Cette question grave enseigne que la réponse aurait pour effet l’apostasie consentie desdits catholiques libéraux ou la persévérance dans l’erreur. Et le drame est suivant : puisque jamais posée, nombre des associations d’aspect catholique en lesquelles nous avons fondées nos espérances ces dernières années se sont vues noyauter par ceux qui se prétendent au XXIe siècle catholiques et libéraux, dont les noms ne sont plus à citer. Il n’est pas concevable de s’engager aux côtés des libéraux, y compris quand des circonstances semblent le permettre. Cette alliance contre-nature, l’auteur la dépeint ainsi : « De toutes les inconséquences et antinomies qui se rencontrent dans les degrés moyens du libéralisme, la plus repoussante et la plus odieuse est celle qui ne prétend à rien moins qu’à unir le libéralisme avec le catholicisme. » Pourquoi ? Parce que malgré « une raison individuelle sujette à la loi évangélique », les libéraux inventèrent « une raison publique ou sociale, coexistante avec elle [la loi évangélique] et libre de toute entrave. » C’est cet orgueil démesuré qui leur fit nécessairement dire : « L’État en tant qu’État ne doit pas avoir de religion, ou du moins il ne doit en avoir que dans une mesure qui ne dérange point ceux qui n’en ont pas. » Que celui qui a des yeux pour voir, voit.

Et l’on confierait l’avenir de la famille traditionnelle à ces gens. Ces gens dont les complices idéologiques achèveront demain la mise au ban de la France éternelle, qu’ils s’évertuent à mettre en pièce chaque seconde de leur vie misérable avec les faussaires catholiques dont les autodafés doctrinaux et les noms sinistres resteront gravés dans nos mémoires. Goûtez et voyez ce libéralisme morbide, l’ivraie qu’il sème a fini de convaincre des fidèles de bonne volonté que la liberté était la finalité de tous les hommes. Ces fidèles brandissent aujourd’hui cet étendard monstrueux que l’Église jetait hier aux pieds de Saint-Pierre de Rome en proclamant à perpétuité : Non possumus. Nous ne pouvons pas.

« Les catholiques libéraux, si l’on en juge par leurs explications, font résider tout le motif de leur foi, non dans l’autorité de Dieu infiniment vrai et infaillible qui a daigné nous révéler le seul chemin qui peut nous conduire à la béatitude surnaturelle, mais dans la libre appréciation du jugement individuel. […] Se faisant juges de la doctrine, ils en admettent ce qui leur paraît bon, et se réservent le droit de croire le contraire, toutes les fois que d’apparentes raisons leur sembleront démontrer comme faux aujourd’hui ce qui leur avait paru vrai hier. » Le fondement de l’agir « libéral-catholique » est semblable en tout point à celui de l’esprit bourgeois et s’établit sur le postulat suivant : « Leur horreur de toute pression extérieure physique ou morale, qui prévienne ou châtie l’hérésie, découle de cette doctrine, et produit chez eux la haine de toute législation franchement catholique. » et ne considère pas l’âme mais cet utilitarisme primaire que nous voyons bien à l’œuvre aujourd’hui : « s’ils se lamentent sur la démolition d’un temple, ils ne signalent au lecteur que la profanation de l’art. S’ils plaident en faveur des ordres religieux, ils ne font valoir que les services rendus aux lettres par eux ; s’ils exaltent la sœur de charité, ce n’est qu’en considération des services humanitaires par lesquels elle adoucit les horreurs de la guerre. »

Le libéralisme a-t-il été formellement condamné par l’Église dans toutes ses nuances et tous ses caractères ?

La réponse à cette question est un oui définitif et s’appuie sur les nombreuses encycliques sur lesquelles d’autres articles se sont longuement attardés, et le document le plus important sur cette question du libéralisme que représente le Syllabus, destiné à accompagner l’encyclique Quanta Cura, coiffant elle-même au poteau le libéralisme comme suit : « La menace contre l’Église ne vient pas de telle ou telle erreur particulière mais du libéralisme qui a envahi beaucoup d’esprits. À l’égard des grands problèmes que pose la vie individuelle et collective, elle inspire des solutions entièrement étrangères à la foi. » Des solutions étrangères qui ont fait et font encore leur preuve aujourd’hui en matière de théologie, de dogmatique et de liturgie par le moyen simple de la mise sous solides scellés le catéchisme, plus enseigné et réduit à l’état d’instrument annexe folklorique et poussiéreux.

Les principales condamnations du Syllabus sont les suivantes : liberté des cultes (propositions 15e, 77e et 78e) ; laïcisme dans l’enseignement public (propositions 45e, 47e et 48e) ; la séparation de l’Église et de l’État (proposition 15e) ; droit absolu de légiférer sans Dieu (proposition 56e) ; du mariage civil (propositions 73e et autres) ; de la liberté de la presse (proposition 79e) ; du suffrage universel comme source d’autorité (proposition 60e) ; enfin du nom même de libéralisme (proposition 80e). L’Église condamne ainsi le programme politique d’un des pères fondateurs du libéralisme anglo-saxon : John Locke, dont les Lumières s’inspireront largement. Signifiant.

« L’athéisme dans les lois, l’indifférence en matière de religion et les maximes pernicieuses, appelées catholiques-libérales, sont, oui, elles sont véritablement la cause de la ruine des États ; elles l’ont été de la perte de la France. Croyez-moi, le mal que je vous dénonce est plus terrible que la Révolution, plus terrible même que la Commune. J’ai toujours condamné le catholicisme-libéral et je le condamnerai encore quarante fois si c’est nécessaire » Ces mots de Pie IX sont encore plus signifiant. Les libéraux ont des excuses rendant caduques à leurs yeux les condamnations de ces enseignements précieux, dont la première est celle du caractère contextuel de ces déclarations. Qu’ils n’oublient pas cependant de leur restituer toute leur dimension atemporelle en qualité d’enseignements émanant expressément du Magistère infaillible, cela ne se discute pas.

Diverses manières dont un catholique peut, sans être libéral, se faire complice du libéralisme

Don Félix Sarda y Salvany, dont votre serviteur vantait les qualités de visionnaire, tint ce langage quant à l’affiliation directe ou indirecte à des mouvements politiques libéraux : « L’affiliation formelle à un parti libéral est la plus grande complicité en cette matière ; c’est à peine si elle se distingue de l’action directe à laquelle elle se rattache. Beaucoup d’esprits, à la seule lumière de leur entendement, voient toute la fausseté doctrinale du libéralisme, connaissent ses sinistres projets et ont en horreur son abominable histoire. Mais par tradition de famille, haines héréditaires, espérances personnelles, reconnaissance de bienfaits reçus, crainte de préjudices à venir ou enfin pour tout autre motif, ils acceptent une situation dans le parti qui professe de pareilles doctrines et favorise de semblables desseins, permettant ainsi qu’on les compte publiquement parmi les affiliés qui s’honorent d’en avoir le titre et travaillent sous son drapeau. » Permettez-moi le trait d’humour de voir en ces lignes le cortège insupportable de la bourgeoisie louisphilipparde de ce siècle, cela ne vous aura pas non-plus échappé.

Sur la grande subversion qui rythme la vie républicaine de nos pays européens, l’auteur ajoute : « C’est complicité que célébrer des fêtes civiques ou religieuses en l’honneur d’événements notoirement libéraux ou révolutionnaires ; d’assister volontairement à de telles fêtes ; d’organiser des obsèques patriotiques à caractère plus révolutionnaire que chrétien ; de prononcer l’éloge funèbre de défunts notoirement libéraux ; d’orner leurs tombes de couronnes et d’écharpes. » Fêtes auxquelles libéraux et alii vantent leur participation. Voyez aussi les dignitaires de ladite droite française qui, entre le méchoui et le falafel, attaquent la dinde de Noël.

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