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« La pitié n’est pas révolutionnaire » : 220 ans du massacre de Savenay

« C’en est fait, nous sommes perdus ; il est impossible de résister à l’attaque de demain ; dans douze heures, l’armée sera exterminée. J’espère mourir en défendant votre drapeau : tâchez de fuir ; sauvez-vous pendant cette nuit ; adieu ! adieu ! »

M. de Marigny à Mme de Donissan, marquise de Lescure
in Mémoires, Marquise de La Rochejaquelein

Les commémorations du 220e anniversaire du soulèvement vendéen se poursuivent. En mars dernier, le tocsin des campagnes poitevines et angevines nous revenait en mémoire. Le 14 juillet, renaissait le souvenir de la mort du généralissime Cathelineau. En octobre, celui du pardon de Bonchamps et de la Virée de Galerne.

C’est aujourd’hui un souvenir plus douloureux qui refait surface : celui de la bataille de Savenay.
Savenay, le 23 décembre 1793 : la grande défaite des Armées vendéennes qui marqua l’épilogue tragique de la Virée de Galerne.

Partis de Saint-Florent-le-Vieil en octobre 1793, les Vendéens en sabot traversèrent la Loire et s’en allèrent vers le nord. Après de nombreuses victoires sur les villes qui se trouvaient sur leur chemin, les Blancs échouèrent devant le port normand de Granville, dont les hautes murailles se dressaient, terribles et impénétrables. Le chemin du retour fut un martyre, la population vendéenne souffrant mille maux. Le passage de la cohorte royaliste au Mans fut une première saignée : les Bleus hachèrent sans ménagement la troupe, civils compris. La Vendée en armes continuait cependant sa route de retour vers le sud, vers la Loire et la contrée natale.

Las ! C’était sans compter la garde assurée par les troupes républicaines. Le passage du fleuve était interdit : les Blancs ne pouvaient traverser la Loire. Seuls les hommes de La Rochejaquelein purent se frayer un chemin vers le sud ; le reste de la troupe était forcé de demeurer au nord du fleuve, rive droite. Seule solution : longer la Loire vers l’Ouest, afin de trouver un autre passage.

« La pitié n’est pas révolutionnaire »

C’est alors que se produisit le choc final. A Savenay, en Loire-Inférieure, 18 000 soldats bleus fondirent sur une troupe composée de 6 000 soldats vendéens et presque autant de civils. La République en armes fut sans pitié pour les fils de France qui se dérobaient à ses prétendues lumières. Les marais de Savenay furent le tombeau de la Vendée militaire. Si la marquise de Donissan, veuve du général Lescure (et future marquise de La Rochejaquelein) put s’enfuir dans la nuit, laissant le général de Martigny tenter de « mourir en défendant [son] drapeau », le cortège des soldats-paysans et des civils vendéens fut saigné à blanc, en ce froid mois de décembre. Liberté, égalité, ou la mort ! Triptyque macabre et terrible, tristement appliqué par le bras armé de la jeune République.

Le général bleu Westermann ne s’y trompa point, en déclarant :
« Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé ».
L’odieux Westermann avait une excuse toute trouvée : « Nous ne faisons pas de prisonniers, il faudrait leur donner le pain de la liberté et la pitié n’est pas révolutionnaire  ».
Le général vendéen Bonchamps, lui, avait accordé son pardon aux prisonniers bleus, tandis qu’il agonisait… De même que le royaliste d’Elbée fit réciter le Pater à ses hommes afin de prévenir le massacre des prisonniers républicains. Hélas, le pardon chrétien n’est pas la vertu la mieux partagée au monde.

Près de 6000 soldats de l’Armée catholique et royale (les chiffres varient) trouvèrent la mort dans les marais de Savenay ; sans compter les combattants fusillés et les civils déplacés à Nantes où ils furent massacrés par fusillade ou noyade...

Fin du combat, début du génocide

La grande guerre de 1793 se terminait ainsi : militairement, la partie était perdue pour les Blancs. Seule allait subsister une guérilla féroce mais impuissante, menée par Charette et Stofflet, chacun luttant de son côté contre un ennemi puissant et barbare qui mettait le pays à feu et à sang.
Une ombre terrible s’avançait et obscurcissait le ciel de Vendée : le souffle de la Terreur poussait les nuages du génocide qui allaient cracher leur lames acérées sur le pays rebelle, et l’inonder de sang.

Le sacrifice des Vendéens ne peut être vain. Ravivé par le souvenir, il doit être un terreau fertile de reconquête, revivifié nos actions pour la France, la France éternelle, celle des clochers et des familles, des autels et des tombeaux.

Souvenez-vous de Savenay !

Samedi 21 décembre, les Brigands du Bocage organisaient une marche du souvenir à Savenay. Retrouvez ici l’article de leur gazette au sujet de cet évènement.

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