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La musique liturgique dans les aumôneries d’étudiants

Chers étudiants, frères et sœurs en Jésus-Christ, qui fréquentez les aumôneries de vos universités ou de vos écoles,

Pour avoir longtemps été parmi vous, je sais que la musique tient une place très importante dans la vie de vos aumôneries. Qui imaginerait, en effet, une messe d’étudiants sans chants, sans instruments ? Vous aimez la musique, elle vous aide à prier, et c’est très bien ainsi. Je ne saurais que citer le concile Vatican II, qui a été mis à l’honneur lors de la rencontre Ecclesia Campus du premier week-end de février 2012 : « La tradition musicale de l’Église universelle constitue un trésor d’une valeur inestimable qui l’emporte sur les autres arts, du fait surtout que, chant sacré lié aux paroles, il fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle ». Mais comme la musique est si importante, alors combien est-il important, aussi, de lui apporter le soin qui lui permettra d’avoir la qualité nécessaire pour prendre de la bonne façon toute la place qui lui revient.

Pour que la musique soit profitable à votre prière, à votre foi, il faut en effet qu’elle en soit à la hauteur ! La qualité est donc quelque chose de très important. Comment imaginer, en effet, qu’une musique pauvrement composée ou jouée puisse vous aider à prier ? Là encore, je m’effacerai derrière le concile Vatican II, hélas encore trop méconnu plus de 40 ans après sa clôture : « Le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec la plus grande sollicitude. Les Scholae cantorum seront assidûment développées, surtout auprès des églises cathédrales (…) ». Malheureusement, la qualité n’est pas souvent au rendez-vous. J’ai souvent entendu, dans les messes d’étudiants, une musique bâclée et un choix de chants qui était assez malheureux. Quel dommage de passer ainsi à côté de tous les trésors musicaux et littéraires qui ont pu se développer sous l’influence de l’Église, en les remplaçant par des choses souvent mièvres, dont les paroles ressemblent plus à une comptine qu’à celles d’un authentique chant liturgique dont l’auteur connait bien la foi de l’Église ! Quel dommage d’oublier les magnifiques antiennes mariales que nos grands-parents connaissent ou connaissaient par cœur, et de les remplacer par des mariolâtries qui ne nous aideront pas à honorer en vérité la mère de Dieu et de l’Église ! Quel dommage, enfin, de constater que l’expression « musique chrétienne » désigne souvent des choses assez grotesques produites par des jeunes qui se prennent pour les « missionnaires de leur génération », alors que les œuvres les plus magnifiques, comme celles de Jean-Sébastien Bach, sont de moins en moins connues des jeunes chrétiens ! Que dire de « Laisserons-nous à notre table » et autres akepsimaseries ?

Et, vous savez comme moi que ce n’est pas facile. Les musiciens qui me lisent ne me contrediront pas : même si on est doué, même si on s’est dirigé très tôt vers la musique à cause des dons que l’on a dans ce domaine, bien jouer d’un instrument est toujours difficile. Composer de la musique l’est aussi. Et le fait de devoir allier tout cela avec la liturgie rend la tâche encore moins simple. Il ne suffit pas en effet d’interpréter, fut-ce de façon professionnelle, une pièce de musique ou un chant liturgique pour que cela soit favorable à l’élévation de nos âmes. Il faut aussi que cela s’inscrive dans le contexte liturgique présent. A l’aumônerie d’étudiants que j’ai fréquentée, « ça fait longtemps qu’on ne l’a pas pris » était souvent le premier critère de choix des chants de l’ordinaire de la messe. Je citerai encore Vatican II : « Aux musiciens et chanteurs, surtout aux enfants, on donnera aussi une authentique formation liturgique ».

Mais, toute cette difficulté ne doit en aucun cas nous rebuter ou nous décourager. Il faut au contraire y voir une opportunité de s’investir pour l’Église en tirant parti des dons de chacun et en menant une authentique recherche de qualité et de beauté. Rien ne nous dit que la perfection doit être atteinte : la recherche de la qualité et de la dignité ne nous empêche pas, bien au contraire d’ailleurs, de rester dans la simplicité et de se donner des exigences qui restent à la mesure de nos compétences (nous ne sommes pas tous des musiciens professionnels) et du temps que nous pouvons raisonnablement y passer.

La créativité est bien sûr bienvenue. D’après Vatican II : « Ils [Les musiciens imprégnés d’un esprit chrétien] composeront les mélodies qui présentent les marques de la véritable musique sacrée et qui puissent être chantées non seulement par les grandes Scholae cantorum, mais qui conviennent aussi aux petites et favorisent la participation active de toute l’assemblée des fidèles ». Mais il ne faut pas hésiter à se faire aider : pourquoi ne pas organiser une soirée sur de la musique et sa place dans la liturgie, en invitant par exemple un organiste de paroisse (en vous assurant au préalable de sa compétence) ? Enfin, même si le choix qui s’offre à vous est tout à fait large, un des moyens possibles pour vous aider à progresser est l’apprentissage du chant grégorien. La pratique de ce chant est attribuée de façon injuste aux communautés traditionalistes. Pourtant, le concile Vatican II en encourage grandement l’utilisation, et sachez à quel point elle vous sera bénéfique. Par exemple, chaque messe grégorienne correspond à un temps liturgique précis. La messe I se chante pendant le temps pascal. La messe XVII est quant à elle utilisée pendant le carême. Ces messes sont faciles à apprendre et un simple clic sur Youtube vous permet de tomber sans problème sur toutes sortes d’enregistrements. Ces chants sont aussi beaux avec que sans instruments de musique. Et, petit détail à ne pas oublier : les messes d’étudiants seront aussi appréciées des anciens !

La messe de clôture de la rencontre Ecclesia Campus nous a montré qu’il est tout à fait possible d’avoir une bonne qualité musicale dans une messe d’étudiants. C’est un exemple sur lequel nous devons nous appuyer. Que chacun mette ses talents au service de la foi de ses frères et sœurs en Jésus-Christ.

Robert Bouguel

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