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La beauté du lien conjugal dans la pensée Classique [Partie II]

Voici le second volet d’une contemplative d’Ambroise Savatier consacrée à la beauté du lien conjugal chez les Classiques.
Aujourd’hui, dans la continuité du précédent billet relatif à la pensée gréco-latine, l’auteur se penche sur l’approche catholique de l’institution du mariage.

La splendeur du mariage catholique comme expression sensible de l’étreinte du Christ avec l’humanité.

Les Chrétiens puisent leurs observations chez leurs prédécesseurs grecs et romains. C’est une philosophie de la raison naturelle fécondée par la foi.
Dans sa Somme théologique, S. Thomas d’Aquin justifie la définition du mariage par le Digeste romain, et par la démonstration de la nature sociale de l’homme d’Aristote (il baptise en quelque sorte les grands penseurs de l’Antiquité). Le Docteur angélique voit dans le mariage « l’inclination juste et naturelle des époux l’un pour l’autre ». Cette réalité est naturelle, au-delà des contingences religieuses. Le théologien énonce que le mariage est le seul sacrement chrétien dont bénéficient les païens à l’autre bout du continent, la grâce du mariage réside en effet dans la réalité matrimoniale. Autrement dit un couple païen reçoit le sacrement de Dieu pourvu qu’il vive maritalement.

Quelle est la raison du mariage chez les Chrétiens ? Comme dans la nature, toute chose a un début et une fin. Au commencement, Dieu pour que lumière soit, décide de faire le monde et d’ordonner les éléments de la terre et du ciel selon sa Sagesse. Puis les animaux. Au sommet de la Création il place l’Homme. Dans le dessein du Seigneur, la fin de toutes choses est une éternelle étreinte avec la créature faite à son image. Ainsi Dieu crée Adam, puis Eve sa compagne, semblable à Adam comme celle qui dans son altérité le complète, pour former avec lui « une seule chair ». Le couple constitue « l’expression première de la communion des personnes » (Catéchisme de l’Église catholique).
Mais nos premiers parents désobéissent au Seigneur, et goûtent le fruit défendu. L’orgueil inspiré par Satan blesse irréversiblement le cœur de l’Homme. L’alliance originelle voulue par Dieu est brisée. Non résigné, Dieu envoie son fils embrasser l’Humanité pour consacrer la Nouvelle Alliance, bien supérieure à la première !

•Tout d’abord par le baptême, grâce auquel Dieu efface la trace du péché originel. Il restaure en quelque sorte l’humanité telle qu’il l’a voulue pour chacun des hommes. 


•Ensuite par le sacrifice du Christ, vrai Dieu et vrai homme, qui verse son sang sur la croix en rémission des péchés. Ainsi s’accomplit l’union mystique de Dieu avec l’Église.
Dès lors, la grâce surélève la nature. Le mariage d’un homme et d’une femme est transcendé par le divin, à l’image du lien qui unit à nouveau le Christ et son Eglise.
Le Cantique des cantiques préfigurait déjà la mystique union conjugale, cette œuvre poétique de l’Ancien Testament raconte l’histoire d’une fiancée à la recherche son amant, dans une effusion d’érotisme et de sentiment, comme l’humanité qui recherche Dieu pour de mystiques noces.

Saint Paul, énonce dans l’Épître aux Ephésiens « de même que l’Eglise est soumise au Christ, les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses ». L’amour et l’abandon de soi-même sont au cœur de la relation conjugale. Saint Paul ajoute « Vous les maris, aimez vos femmes, tout comme le Christ a aimé l’Eglise et s’est sacrifié pour elle, et après l’avoir baignée dans l’eau et la Parole afin de la purifier, il a voulu la rendre sainte. Car il voulait se donner lui-même une Église rayonnante, sans tache ni ride. Il la voulait sainte et sans reproche. C’est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps ». Cette vision prophétique de l’amour conjugal est réaffirmée par le Concile de Trente en 1545. Les époux s’aident mutuellement sur le chemin de la sanctification, constamment purifiés et élevés par la grâce sacramentelle.
Le mariage est donc l’expression même de la destinée surnaturelle de l’homme. De cette union parfaite de l’homme et de la femme resplendit quelque-chose de la gloire de Dieu. 
Dans Le Livre d’Auguste, au IVe siècle, S. Augustin affirme que les noces sont bonnes car elles engendrent :

➢ La filia : la mise au monde du peuple de Dieu. 

➢ La fides (fidélité ou foi ) : car le mariage est perpétuel.
➢ Le sacramentum : dont l’indissolubilité provient de ce que selon S. Marc. « Ce que Dieu a uni l’Homme ne doit point le séparer  ». Le sacrement est scellé pour la vie, quand bien même l’un des époux blesserait le ménage par son attitude, il perdure. C’est un mystère. Comme l’union du Christ dans l’Église, le sacrement est éternel et donc irréversible. 
Ceci est affirmé en 1215 au Concile de Latran. Par ailleurs ce même Concile impose le consentement libre et éclairé des jeunes filles avant la noce.

●Comment aborder le mariage sans l’union sexuelle des époux ? 

S. Augustin récuse le manichéisme de ses contemporains, pour qui toutes choses de la terre sont vouées aux ténèbres. L’acte charnel serait donc méprisable. L’évêque d’Hippone affirme au contraire que la cité terrestre est voulue par Dieu, les choses de la terre sont donc bonnes par elles-mêmes, tout dépend de ce que l’on en fait. Hicmar, évêque de Reims en l’an 860 est le premier à rappeler l’incorporation des époux au Christ par la sexualité. L’union charnelle est un bien propre au sacrement. Au comte Etienne qui ne touchait pas sa femme, il réplique « Ces noces n’ont pas en elles le sacrement du Christ et de l’Église, s’il ne s’ensuit pas le mélange des sexes  ». S. Thomas d’Aquin ne trouve rien à redire au fait que l’homme perde un instant la raison durant l’orgasme, car c’est par la volonté de Dieu, et pour le bien de l’espèce. Saint François de Sales rappelle en 1608 que l’œuvre charnelle est le but d’une satisfaction légitime des conjoints, et que ce comportement renforce la solidité du foyer. Enfin Albert le Grand considère en 1640 que ces relations sont d’autant plus vertueuses qu’elles expriment un sacrement.

●Quelle expression en littérature ?

Relativement ignoré durant les siècles païens, l’amour conjugal jaillit surtout au XIIe siècle où l’on relit Le Cantique des Cantiques. C’est une prise de conscience du mystère et de la beauté des sentiments conjugaux. À ce même moment nait la littérature de l’amour courtois. Chrétien de Troyes dans Cligès (vers 1170), se fait le chantre de l’amour entre époux. Etienne de Fougères quant à lui, dans son Livre des Manières vers 1344 fait l’iconographie des époux « dont les caresses ont su donner de beaux enfants ».
A bien y réfléchir, ce mystère de l’union conjugale ne doit point nous surprendre au-delà de nous émerveiller. Saint Augustin n’a-t-il pas rappelé dans son Traité sur l’Évangile de S. Jean que la première apparition publique du Christ s’est faite aux noces de Cana ? Il précise d’ailleurs « Invité, le Seigneur est venu à des noces, quoi d’étonnant qu’il soit venu dans cette maison à des noces, lui qui est venu incarner Dieu sur Terre pour des noces  » ?

Ainsi le mariage chez les Classiques porte à incandescence la nature humaine. Par quel hasard cette vision prophétique a-t-elle pu se perdre à travers les siècles dans l’ivresse des idées subjectives ?

Ambroise Savatier

A suivre, un prochain billet intitulé À l’époque Moderne : 
Le mariage dévoyé par la subjectivité des hommes

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