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L’argument d’autorité à reculons

9 mai 2012 Benjamin

Qui verrait ici aussi bien un maître qu’un élève ?

Que ne rejette-t-on pas sous prétexte que celui qui le dit n’est pas fiable ! De nombreux propos ne sont pas acceptés quand on peut discréditer celui qui les tient, notamment par son appartenance à un groupe particulier. Ainsi, et c’est là que c’est le plus flagrant, on ne peut écouter les arguments qu’un chrétien énoncerait, sous prétexte qu’ils seraient dictés par son dogmatisme religieux. L’Église a longtemps fait autorité. Aujourd’hui elle continue, mais dans l’autre sens : ce qu’elle dit est faux, puisqu’elle le dit, à en croire nos contemporains... Une trace parmi d’autres du retournement de l’argument d’autorité.

L’argument d’autorité n’est pas nouveau. Les pythagoriciens semblent avoir été les premiers à l’utiliser « le maître l’a dit ». Mais tous les philosophes s’en sont méfiés. C’est en effet l’argument qui est le moins fort, puisque celui qui ne reconnaît pas l’autorité ne peut lui reconnaître aucune valeur. Cependant, certains philosophes ont tellement marqué par leur travail qu’ils ne pouvaient qu’être pris comme autorités par leurs disciples, ou ceux qui les étudiaient, à l’image d’Aristote qui a été pris comme autorité par beaucoup, et notamment par Saint Thomas d’Aquin, qui lui reconnaissait tout de même le droit de se tromper. Le christianisme a aussi un peu changé la donne, puisqu’en théologie, l’argument d’autorité est le plus fort : si le Christ l’a dit, cela ne saurait être faux. Mais cela ne dépasse pas la théologie, ce qu’il ne faudrait pas oublier. De nombreux philosophes ont ensuite rappelé qu’il fallait être vigilant vis-à-vis des auteurs précédents, pour ne pas céder au dogmatisme. Ainsi Descartes a fait tabula rasa du passé, en tout cas d’après lui, pour recommencer la philosophie sur un fondement plus certain. C’est l’objet de ses méditations métaphysiques. Mais Descartes a ensuite lui même été pris comme une autorité. De même pour Kant, Hegel, qui font autorité pour beaucoup de ceux qui les ont suivi.

Mais il ne s’agit pas ici de critiquer l’autorité, mais bien de la remettre à sa juste place. L’autorité réside dans l’argument que l’on développe, non dans celui qui l’énonce. Cette autorité n’est pas arbitraire, puisqu’elle permet une adhésion interne de la raison à la raison développée. La logique nous permet de voir quelles argumentations sont valables et lesquels ne le sont pas. Mais pour autant, on ne peut nier l’autorité de celui dont les arguments sont puissants, et le plus souvent sans erreur. Il ne faut pas oublier qu’un philosophe recherche la vérité, et qu’il ne se trompe pas volontairement. Celui qui semble plus s’en approcher mérite plus d’attention que celui qui ne dit en général que des bêtises sans valeur. Et la relation entre le maître et l’élève ne peut se faire sans reconnaissance par l’élève de l’autorité du maître, et cette relation est fondamentale dans la croissance de l’intelligence. Il y a donc des enjeux évidents de l’autorité dans l’éducation, et dans la recherche de la vérité notamment. L’homme a besoin pour se construire de quelqu’un sur lequel il s’appuie, pour poser des fondements à sa réflexion. Certes le risque d’un endoctrinement, qui empêcherait de chercher la vérité et conduirait donc au dogmatisme, existe. Mais ce n’est pas une raison pour éviter tout risque, et donc fuir toute autorité. Car quand le maître est bienveillant, son autorité fait grandir l’élève et lui permet de développer sa propre pensée.

Malheureusement, nous avons tellement peur du risque que nous affirmons, dans un individualisme forcené, que le maître ne doit rien apprendre à l’élève qui doit construire lui même son savoir. Mais comment construire quelque chose de solide sans le moindre fondement, et sans matériau ? Nous pensons ainsi être libres, alors que nous sommes par cela extrêmement limités. L’autorité fait grandir, mais nous ne voulons pas grandir. Nous préférons ne pas être responsables de nos actes, c’est plus confortable. L’adolescence est un âge qui dure longtemps…

Et donc nous rejetons l’autorité, toute autorité. Sous prétexte que quelqu’un fait autorité, nous ne l’écoutons pas. Bien sûr, nous ne pouvons pas nous priver d’autorités, puisque l’homme a besoin de se construire. Mais ceux que nous prenons comme autorité ne sont pris que parce qu’ils nous plaisent ou disent des choses qui nous conviennent. Et en plus, ces autorités ne sont pas toujours choisies en conscience, ce qui permet de les garder, de rejeter toute autorité, et d’être de bonne foi.

Il est urgent de grandir, il est urgent de faire grandir. Tout n’est pas beau et bon, tout ne se vaut pas, chacun n’a pas sa vérité. Alors osons annoncer LA Vérité !

9 mai 2012 Benjamin

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