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L’antisymbolique républicaine : chemin de désincarnation

Notre œil, éloigné des merveilles de l’Incarnation par le progrès technique et l’idéologie, est impitoyablement bombardé par une symbolique désincarnée que nous imposent depuis plus de deux siècles ces impénitents qui eurent l’insouciance d’abolir le Royaume de Dieu sur Terre.

C’est à nous catholiques qu’il incombe de réoccuper le terrain symbolique, car nos symboles sont bien plus puissants, mais en sommeil. Nos adversaires, eux, abusent de symboles qui ne sont portes que vers un vide glaçant. Le temps est si propice pour contre-attaquer.

Le marquis de Vauvenargues déclarait : « L’imposture est le masque de la vérité ; la fausseté, une imposture naturelle ; la dissimulation, une imposture réfléchie ; la fourberie, une imposture qui veut nuire ; la duplicité, une imposture à deux fins ». La république n’a renoncé à aucune imposture pour désincarner la France. Catholiques de France, n’ayez de cesse de démasquer les ruses de l’adversaire, mais surtout de ramener à l’esprit de vos contemporains les beautés de l’Incarnation.

Note préliminaire

L’objectif du présent article n’est pas de prôner un retour à l’identique à une époque révolue. Les esprits changeant au travers des époques, il nous faut, en nous inspirant des gloires et de l’équilibre de ce qu’était la France, la réinventer, la réenchanter et la réincarner. Le présent article vise à nous décomplexer par rapport à l’adversaire et mettre en avant l’absence de créativité de la secte politique qui s’est arrogé la direction de la France depuis plus de 200 ans. Si la tâche de reconstruction est ardue car la société s’est désincarnée, c’est en démasquant la tromperie que nous serons vraiment libres, comme le dit le psalmiste aux vêpres de la Vierge, d’édifier avec Dieu une Maison de France, qui ne chancellera pas de par ses racines profondes, mais toujours propulsée par ses amples ailes qui répondent à ce Frère Vent dont nous parle Saint-François d’Assise.

I. — Marianne, la négation de la Très-Sainte Vierge Marie

Marianne
« Par ton insolence et ton arrogance, tu es une insulte au respect et à l’humilité de la Très Sainte Vierge Marie et son Fiat. »

Mais qui es-tu Marianne ? Tu es la femme qui a dit non.

Par insolence, tu as dit non au royaume de France, à l’équilibre de ses clochers, à la robustesse de ses châteaux, à la joie de ses fêtes et à l’éternité domestiquée. Par arrogance, sur les barricades, tu as défié le Roi. Tu as cherché vengeance au père commun. Tu as entraîné la chute du royaume de Dieu sur Terre et du Roi, son lieutenant.

À qui t’opposes-tu Marianne ?

Par ton insolence et ton arrogance, tu es une insulte au respect et à l’humilité de la Très-Sainte Vierge Marie et son Fiat. Au respect qu’elle porte à la France, elle qui habite ses cathédrales et ses sanctuaires. À l’humilité qu’elle a montrée en se manifestant aux plus petits.

Mais de qui es-tu la créature Marianne ?

Si tu n’existes que dans l’imaginaire, et n’as jamais été un personnage incarné ? Si tu t’opposes à Marie, farouche ennemie du Démon ?

Qu’il est inquiétant de savoir que tu hantes toutes les mairies de France.

II. — La sculpture du Palais-Bourbon

Au Palais-Bourbon, on peut apercevoir une œuvre surprenante.

Réalisée en 1989 par Walter de Maria, un américain, pour « commémorer le bicentenaire de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » (sic), son socle est frappé des dix-sept articles de la Déclaration. Sur le piédestal en calcaire, une sphère en granit noir.

Le cercle et le carré, sont deux éléments clés de la symbolique occidentale depuis la plus haute antiquité.

Car le cercle, polygone infini et parfait, symbolise Dieu.

Cathédrale de Strasbourg

Le carré, lui, est le monde créé, avec ses quatre points cardinaux.

Cloître de l’abbaye de Royaumont

La symbolique catholique a utilisé à l’envi cette symbolique, des cloîtres des monastères aux rosaces des cathédrales.

Or quand les deux symboles fusionnent, quand le Dieu, dans Sa générosité infinie, s’inscrit dans notre monde, c’est le miracle de l’Incarnation qu’il nous donne de contempler.

Notre-Dame de Strasbourg
Notre-Dame de Paris
Notre-Dame de Chartres

Si la symbolique catholique présente les deux symboles individuellement ou associés, la république les divise. Pire encore, elle place une sphère sombre sur un piédestal blanc.

Que crains-tu, république ?

Pourquoi le Divin est-il sombre et menaçant pour toi, quand le monde est clair est pur ?

Pourquoi places-tu cette défiance et cette inversion au sein-même du sombre temple où se décident les lois et les règles de la France ?

Tu as ignoré ce que disait le prophète Jérémie :

Post dies illos, dicit Dominus : dabo legem meam in visceribus eorum, et in corde eorum scribam eam, et ero eis in Deum, et ipsi erunt mihi in populum.

Après ces jours-là, dit Jéhovah : Je mettrai ma loi au dedans d’eux Et je l’écrirai sur leur cœur, Et je serai leur Dieu Et ils seront mon peuple.

France, fille aînée de l’Église, tu t’es laissé diriger par une république étrangère. Toi, la nouvelle tribu de Juda [1], tu es trahie comme Jérusalem au temps du Christ.

Entends-tu encore, en ton cœur endurci, le prophète Osée crier :

Convertere Israhel ad Dominum Deum tuum quoniam corruisti in iniquitate tua.

Reviens, Israël, à Yahweh, car tu es tombé par ton iniquité.

III. — Les armoiries de la république ont fait faner la foi de la France

Frappées sur tous les passeports, les "armoiries" de la république sont preuves éclatantes de la régression culturelle qu’a été le retour à cette forme de gouvernement antique, ce retour à cette Rome froide que la Rome Chrétienne avait remplacé.

On observe deux éléments clés sur ce symbole qui représente l’Imperium, le pouvoir :

  • la hache, symbole de la peine de mort ;
  • les faisceaux, symbole de punition par flagellation.

Deux symboles évidemment déconnectés de l’amour divin et de sa miséricorde, qu’essayait d’appliquer la France au Moyen Âge, et qu’elle devrait concilier avec la force et la fermeté.

Or, à quoi ressemblaient les passeports sous l’Ancien Régime :

Un passeport sous l’Ancien Régime

Ô royaume de France, que mettais-tu en avant pour représenter la France à l’étranger ?

Les armes de France, place Stanislas à Nancy

Tes Armes étaient une ode à Dieu et à l’Incarnation :

  • les trois fleurs de lys, symbole trinitaire, symbole aussi d’après certaines sources de saint Michel, de la Très-Sainte Vierge Marie et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, les trois plus farouches ennemis du démon ;
  • la Sainte-Couronne, symbole de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ ;
  • la médaille de l’ordre du Saint-Esprit, symbole de l’esprit chevaleresque ;
  • des coquilles de saint Jean-Baptiste, lui qui criait dans le désert, précurseur et oracle du Christ.

Ô république, née d’un doute impardonnable, tu as renoncé à confier aux enfants de France en voyage de par le monde ce magnifique témoignage de foi.

« Qui non est Mecum contra Me est. Qui n’est pas avec Moi est contre Moi », disait Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Ô république, quelle imprudence et quelle impudence ! Tu sembles ignorer que l’omission est dissimulation.

IV. — Un drapeau jacobin et transparent

Avec la Révolution, le drapeau conserve le blanc royal mais perd évidemment ses fleurs de lys. Il devient en quelque sorte transparent et n’interroge plus.

On y ajoute les couleurs de Paris, pour service rendu à l’établissement de la république. Or Paris n’est qu’une province parmi toutes les provinces de France.

Ô république, pourquoi te complais-tu dans l’abstraction ? Pourquoi tant de jacobinisme ? Qu’as-tu contre l’Incarnation qui interroge les âmes et ne donne préséance à aucune partie d’un même peuple ?

V. — L’hymne de la république abolit l’espérance surnaturelle

Il y a peu à dire de la Marseillaise. Un chant somme toute assez vulgaire écrit par un auteur sans grand succès, visant à galvaniser la bleusaille, et érigeant comme ennemies les armées qui tentèrent de restaurer l’unité de la France.

Elle doit sans doute sa popularité imméritée à son association aux jeux sportifs, Panem et Circenses très républicain, et au manque glaçant d’autres marqueurs de fierté dans la république dont souffrent les enfants de France, qui l’érigent en dernier reliquat de patriotisme.

Or, Marseillaise, qu’as-tu remplacé ? Le Domine Salvam Fac Regem, chanté à toutes les messes depuis saint Louis sur ordre du chapitre général de Cîteaux en 1245, pour rendre grâces suite à la guérison d’une maladie du Roi.

Inscription de l’hymne sur le plafond de la chapelle royale de Versailles

Or le texte est directement inspiré du psaume 19 de David. Transmission et transcendance, deux éléments clés de l’Incarnation, se mêlent.

Hi in curribus, et hi in equis ; nos autem in nomine Domini Dei nostri invocabimus.
Ipsi obligati sunt, et ceciderunt ; nos autem surreximus, et erecti sumus.
Domine, salvum fac regem, et exaudi nos in die qua invocaverimus te.
 [2]

Ceux-ci comptent sur leurs chars, ceux-là sur leurs chevaux ; nous, nous invoquons le nom de Yahweh, notre Dieu.
Eux, ils plient et ils tombent ; nous, nous nous relevons et tenons ferme.
Yahweh, sauve le roi ! Qu’il nous exauce au jour où nous l’invoquons. [3]

Ô république, ton absence d’espérance et de foi au cœur même des chants que tu cries au monde te fera plier car tu ne sais plus écouter David.

VI. — Cette monnaie qui nie la prévalence de Dieu

La monnaie, utilisée quotidiennement par tout le peuple de France, est, avant la république, porteuse d’un message sublime.

Écu de 1789
Figurant l’inscription « Sit Nomen Domini Benedictum », il est signe d’espoir prophétique que 1789 n’est qu’une étape transitoire de désolation pour la France, après quoi elle refleurira par la force de son Saint Nom.
Le Saint Nom au Gesù

En plus de cette prière frappée directement sur la monnaie, on trouvait aussi des pièces frappées du CHRS.REGN.VINC.IMPER (Christus Regnat, Vincit & Imperat).

Christ Roi à Domrémy

Quelle que fut l’inscription, qui a varié suivant les époques, figuraient les fleurs de lys et leur riche symbolique plusieurs fois millénaire, et le visage du Souverain, figure de père et lieutenant de Dieu sur Terre.

La monnaie est bien sûr un symbole de puissance et d’autonomie. Or l’Ancien Régime nous recentre sur le fait que la monnaie, système humain ayant vocation à ordonner le monde, est par voie de conséquence une émanation de Dieu.

Si la monnaie de France, et donc sa richesse est attribuée à la grâce de Dieu, la monnaie de la république installée en France, elle, l’attribue à des considérations bien plus matérialistes. Il y figure quatre symboles très révélateurs, dont les trois premiers ont été réutilisés lors du passage à l’euro :

  1. La Semeuse, personnage crée expressément sous le troisième avatar de la république, sème avec son bonnet phrygien. Bonnet porté par les affranchis sous Rome — attaque en règle contre la prétendue exploitation du tiers-état sous l’Ancien Régime. On rapproche souvent la Semeuse de Demeter, déesse de l’agriculture, ce qui nous ramène dans un polythéisme (ou fonctionnariat divin) dont on croyait que le Moyen Âge nous avait délivré. Le soleil qui diffuse ses sombres "Lumières", et l’olivier, symbole de Paix "à la manière du monde", viennent compléter le tableau intoxicant.
  2. Marianne, celle qui a dit Non, a déjà été décrite plus haut.
  3. L’Arbre de la Liberté, lui, évoque ces arbres qu’on plantait à la Révolution, symboles d’une prétendue régénérescence. On notera que la Révolution a même condamné à mort des contre-révolutionnaires qui abattirent ces arbres, ce qui laisse présager la nature symbolique et non anodine de ces arbres pour la secte révolutionnaire. Un arbre qui donne la mort, évidemment bien éloigné de l’Arbre de Vie qu’est la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui donne vie à l’humanité.
  4. L’Ange de la Liberté, qu’on peut observer en haut de la Bastille, a tout de l’ange déchu, du Prométhée qui vole le feu aux dieux. On l’aperçoit, instable, titubant de sa hardiesse, et évidemment pas prosterné devant l’Agneau. Il est symbole de liberté sans discernement, si typique de la désincarnation.
Un ange comme il devrait être, devant l’Agneau Mystique

Ô république, la monnaie que tu mets dans les mains du peuple de France et de ses visiteurs, et désormais des peuples d’Europe n’est plus une prière quotidienne à la gloire de Dieu mais un terrible hommage à ce qui est instable ou torve. Comment peux-tu prétendre aimer le peuple de France ?

VI. — Les médailles

Si la Légion d’Honneur n’a pas été créée par la république mais par Napoléon, elle a été bien sûr réutilisée car sa neutralité et son absence de référence religieuse est bien commode — ainsi que l’insistance sur le seul mérite personnel par opposition à l’action de la grâce.

Or, sous l’Ancien Régime comme à la Restauration, les mérite terrestres sont associés à un parrainage divin, et donc à l’action de la grâce. Il n’est pas étonnant que jusqu’à Louis-Philippe, qui les abolit à nouveau, ils avaient la primauté par rapport à la Légion d’Honneur.

L’ordre de Saint-Michel est fondé par Louis XI au XVe siècle.

L’ordre du Saint-Esprit est fondé par Henri III au XVIe siècle.

L’ordre de Saint-Louis est fondé par Louis XVI au XVIIe siècle

On assiste évidemment à une déconstruction en règle de l’héritage de la chrétienté et de ses ordres.

Ô république, c’est par l’inaction des gens de bien que tu peux récompenser les mérites individuels et nier la grâce dans tes médailles. Mais la plus belle des récompenses est divine, et tes médailles ne le savant transcrire.

Conclusion

Face à cette grotesque, perpétuelle et dangereuse pantomime qu’elle impose à la France, réagissons en suivant Gilbert Cesbron : « Toujours viser plus haut ! pas par ambition : par devoir... » Car, comme l’esquisse cet article, la république n’a de consistance propre que par opposition sordide au règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Elle s’est opposé à la France d’Ancien Régime, et s’oppose et s’opposera à la restauration de toute nouvelle forme politique de chrétienté. C’est à nous, catholiques, qu’il incombe de démasquer cette fourberie dans l’esprit de nos contemporains pour recréer une société, donc un régime politique propice à l’Incarnation, où siègent les symboles chrétiens. Sans nostalgie, mais en respectant l’œuvre de nos aïeux. Avec foi, force, charité et espérance.

Quare Fremuerunt

[1Grégoire IX à Saint Louis, bulle Dei Filius Cujus.

[2Vulgate, Saint Jérôme.

[3Chanoine Crampon.

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