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L’Agonisant pleurant sur les ruines de l’Ancien Régime

Au milieu des tourments et plein d’émotion,
Autour de lui ruine et désolation,
L’Agonisant pleurait ; et sa face attristée
De larmes bien amères était toute trempée.
 
Dans l’herbe il gisait seul. Autour de lui des murs
Muets et solitaires, autrefois grands et purs,
Ne lui répondaient pas. Ô vision sublime :
L’Agonisant pleurait sur l’Ancien Régime !
 
« Ô système parfait ! Ô corps harmonieux !
En toi chaque sujet à sa place est heureux
Pourvu que par orgueil, jamais il ne désire
Être pied s’il est bras, paysan s’il est sire.
 
« Aucun n’est inutile, et tout est important,
Chacun – pied comme tête – au corps importe autant.
Dieu en le roi régnait et l’Église puissante
Conduisait vers le ciel toute âme obéissante.
 
« Pourquoi t’être effondré, gouvernement des saints ?
De tant de grands héros les travaux furent-ils vains ?
Hélas ! Richelieu, Saint-Louis, La Valette
Périrent par Marat, Saint-Just et La Fayette.
 
« Ceint du mépris de Dieu, repu de nobles corps,
Un serpent rampe et siffle et crache sur les morts ;
En entendant son cri, les plus braves paniquent :
Comme Léviathan surgit la République.
 
« Ce monstre se nourrit de colère et de sang,
Fils de l’orage, il est père de l’ouragan.
De l’orgueil des humains, il est la créature,
De la rébellion, l’infâme couverture.
 
« Il profane et détruit tout ce qui est sacré,
Élève les espoirs vers une absurdité ;
De la division, il établit le règne,
Pervertit les naïfs au culte qu’il enseigne.
 
« Culte de l’homme, soit maudit car c’est bien toi
Qui prive Jésus-Christ des honneurs qu’on lui doit :
Qui croit aveuglément en la raison humaine
Oublie que hors de Dieu toute action est vaine.
 
« Étrange liberté que celle que défend
La bête qui détruit, le monstre qui pourfend :
Celui qui la combat est contraint d’être libre,
Car la vraie liberté gênait son équilibre.
 
« Las ! la vraie liberté, c’est de choisir le bien !
Ô pauvre liberté, pour quoi et pour combien
Drapa-t-on de ton nom les passions vulgaires
D’un peuple souverain, de masses sanguinaires ?
 
« Souffle en nous, liberté ! Souffle en mon cœur hanté !
Répands-y l’espérance en la grande bonté
Du Dieu qui du tombeau jadis roula la pierre.
S’il est bon, s’il peut tout, il n’est point de misère.
 
« Eh bien ! Pourquoi pleurer, pourquoi se lamenter
Et pourquoi s’affliger dès lors qu’on peut combattre !
Le monstre est vulnérable et on peut l’affronter,
On peut le repousser, on peut même l’abattre !
 
« Saint Georges grâce au Christ terrassa le dragon.
Sainte Marthe par la croix vainquit la Tarasque.
Et toi donc grâce à eux, et fort de ta raison,
Écrase le serpent, fais face à la bourrasque ! »
 
Ainsi encouragé, et tout empli d’espoir,
L’Agonisant se signe et soudain se redresse ;
Le voilà donc parti ; il est seul ; il fait noir ;
Il est accompagné par un Dieu de tendresse !
Jules Charpentier

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