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Je reviens des Invalides

Je reviens de l’esplanade des Invalides.
La pluie battante n’a pas découragé les nombreux Français qui se sont pressés là, à un jet de pierre de la Cour d’honneur, pour porter un ultime témoignage d’admiration au colonel tombé.

Le discours du chef de l’État a sonné juste. « Service », « Patrie », « idéal », « absolu ». Qu’importe si ces mots semblent étranges dans la bouche d’Emmanuel Macron, puisqu’ils collent à la peau du défunt honoré aujourd’hui. Le président, invoquant les mânes de la pucelle d’Orléans et des Poilus de Verdun, dénonça même « le relativisme morne », qui pourtant le fit élire. Mais pour une heure, pour un temps, au diable la politique. Car avant que ne tonnent les paroles et les discours, c’est le cœur des Français qui s’est ouvert.
Le cortège du colonel Arnaud Beltrame, escorté par la garde à cheval, passa devant nous. L’averse étouffait les paroles de la Marseillaise qui, de toute manière, peinaient à se frayer un chemin à travers nos gorges serrées, nouées. Sous les parapluies, des passants faisaient le signe de croix ; de cette Croix glorieuse, toute d’or qui trône au sommet du dôme de l’Hôtel, surplombant les lourds plis des trois couleurs en berne.

Nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes

Service, Patrie, idéal, absolu. Le sacrifice et l’héroïsme du gendarme breton, égorgé en Languedoc à quelques semaines de son mariage, nous ont mis devant nous-mêmes. Face à nos lâchetés, nos renoncements. Son geste nous laisse nus, sans artifices.
La foule l’a compris sans un mot. Elle n’était pas sombre, elle était grave. Elle retira son chapeau à la sonnerie des morts. Elle se raidit quand elle vit l’insigne de l’honneur et du panache français épinglé sur le cercueil. Elle sentait, comme un seul homme, ce qui se jouait à deux pas de là, entre les quatre murs de cette cour qui, telle la Colline de Sion, est un lieu où souffle l’esprit. « Un lieu qui tire l’âme de sa léthargie », aurait dit Barrès.
Arnaud Beltrame, commandeur de la légion d’honneur, héros de la patrie, mort en chrétien sans peur et sans reproche, n’est pas seul dans son sarcophage. Veillé par ses frères d’armes, c’est l’affection de toute la patrie qui l’entoure. La nôtre, nous qui étions présents ici et maintenant. Celle de nos enfants, demain. Et celle de nos anciens, de nos morts, qui déjà accueillent l’officier pour lui faire fête, là-haut.

Ici-bas, tout reste à faire. En ressuscitant l’honneur français, le défunt ouvre la route de la continuité de la nation, la poursuite d’une Histoire faite de saints et de héros qui, selon Thibon, sont comme le levain dans la pâte.
Martyr dans sa chair, héros dans nos âmes, le colonel Beltrame nous met à l’école de Renan citant le chant spartiate : « Nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes, est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie ».

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