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[J. OUSSET] Pourquoi l’Eglise n’est-elle pas une ONG ?

Chaque mercredi, le Rouge & le Noir publie un extrait de Jean Ousset (1914-1994). Ces extraits ont pour objectif de répondre à une question, en se fondant sur les Ecritures.

Pourquoi l’Eglise n’est-elle pas une ONG ?

Quelle idée nous faisons nous de l’Eglise ? Le Pape François a prévenu les Cardinaux : « Si nous ne confessons pas Jésus-Christ, cela ne va pas. Nous deviendrons une ONG d’assistance mais pas l’Eglise ». Rien de tel qu’un laïciste pour vouloir faire de l’Eglise une œuvre d’assistance utile ! Ne décomposons pas l’Eglise qui cherche d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et voyons la en plénitude pour l’aimer.
Voici une méditation tirée de l’ouvrage « Pour qu’Il règne » de Jean Ousset pages 485 à 487 « Regnum Christi, quod est Ecclesia » :


Psaume 121,3 : « Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un !  ».

Quand, cessant de la considérer dans les hommes qui la composent, hommes pécheurs qui, parfois, la défigurent et sèment la zizanie (où l’Eglise ne faisait germer que l’unité bienfaisante) on la voit alors apparaître, selon l’image du Psalmiste, comme cette Jérusalem « bâtie comme une ville forte, où toutes les parties se tiennent l’une l’autre ».

C’est à ce titre que l’Ecriture peut la dire encore « terrible comme une armée en ordre de bataille. »

Ces images sont vigoureuses. Proposées par l’Esprit-Saint, elles doivent faire l’objet d’un examen serré, véritable méditation.

Or, c’est l’unité de l’Eglise qu’elles expriment avant tout. Autrement dit, qu’on n’attende point la victoire de l’Eglise si l’on commence, d’abord, par désarticuler son dispositif. Parce qu’elle est l’armée la plus parfaite, elle est aussi la plus ordonnée, la plus disciplinée, incomparablement une sous l’impulsion et comme dans la main de son chef.

Point de mobilisation partielle à escompter au profit de quelque cause privée. Ceux qui la tenteraient trahiraient l’Eglise dans ce qu’elle a de plus essentiel. Trahissant l’unité de l’Eglise, ils se priveraient, par là même, de ce qui fait sa force. De là vient qu’elle a toujours déçu, et déçoit encore ceux qui ne voulurent et ne veulent recourir à elle qu’en partie, pour la seule puissance matérielle, par exemple, de telle de ses œuvres ou organisations.

«  Jérusalem...dont toutes les parties se tiennent l’une l’autre  », elle s’est toujours refusée à ce genre de dislocation utilitaire. Répétons-le, c’est cette unité qui fait sa force. Aussi, pour pouvoir raisonnablement espérer en elle, il faut la prendre telle que Dieu l’a voulue, connaître sa mission, savoir que cette armée - sous peine de perdre sa raison d’être - ne peut et ne veut se battre que pour la gloire de son Chef. (…)

Or, le nombre est trop grand de ceux qui oublient, aujourd’hui, que l’Eglise est d’ABORD ordonnée à la plus grande gloire de notre Seigneur Jésus-Christ. De là viennent les déceptions de ceux qui tendraient à en faire, avant tout, un office international de défense des droits de l’homme ou de lutte contre l’injustice sociale. [NDLR : Une ONG, dirait le Pape François ]

Pour admirables qu’elles soient, ces fins ne sont pas (AU MOINS DIRECTEMENT) celles de l’Eglise ; elles peuvent être et sont naturellement ce « surcroît » divinement promis à ceux qui recherchent d’abord le royaume de Dieu et sa justice ; et c’est la raison pour laquelle les résultats sont minces dès qu’on a l’imprudence de renverser l’ordre de ce rapport, et d’accaparer l’Eglise au profit d’une de ces fins secondaires.

Ainsi s’explique que l’Eglise puisse être dite, tout à la fois, misérablement faible ou terriblement puissante : misérablement faible, pour ceux qu’obnubile le seul désir de réalisations temporelles ; terriblement puissante pour ceux qui ont compris sa nature et comme la tactique de son combat, quand il est mené conformément à son esprit.

Autrement dit : ce sont nos trahisons, nos misérables petits calculs d’ambitions bornées à la terre qui paralysent l’Eglise et la tiennent comme en échec, au moins localement et temporairement. Mais, dès lors que les siens lui demandent, d’abord, « l’unique nécessaire », il n’est point de domaine où n’éclate immédiatement sa bienfaisante puissance.

A suivre : Leçon politique des béatitudes : « BIENHEUREUX LES PAUVRES EN ESPRIT ! » ?

Pour se former et agir à l’école de Jean Ousset, lire « Pour qu’il Règne », ouvrage historique de ceux qui veulent agir « à contre courant » comme nous y invite le Pape François.
Ces publications sont diffusées en collaboration avec Ichtus, organisation héritière de la pensée et de l’œuvre de Jean Ousset.


Illustration : Vision symbolique du monde articulé autour de 3 continents principaux connectés en son centre, la ville de Jérusalem. Heinrich Bunting (1581).

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