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[EX-LIBRIS] Les Choses d’en-haut, ou la renaissance de Port-Royal

Les Choses d’en-haut, Hélène Raveau, aux éditions Salvator.

« Reconstruire n’est rien, nous devons relever. »

Il est certain que ces choses sont vraiment d’en-haut, parce que, d’emblée, le style nous est inconnu, et qu’il frappe par ses évocations céruléennes. Rien de révolutionnaire dans cette prose, doucement naïve, et franchement inspirée. Seulement, elle se dévoile comme une belle prière, qu’on n’hésite guère à qualifier de mystique. Voilà de brefs paragraphes successifs qui mêlent l’histoire, la fiction d’un futur providentiel, et l’intemporalité d’une âme en quête de Dieu, brûlante d’amour, d’une âme qui baigne dans une contemplation ardente.

On se plaît à imaginer qu’Hélène Raveau est un peu cette belle âme, plongée dans l’histoire et la littérature du Grand Siècle. Elle a contemplé longuement les austères figures – Mère Angélique Arnauld, dont est fait un portrait saisissant, Arnauld d’Andilly, Monsieur Pascal – ombres qui peuplent encore le cimetière profané et oublié de Port-Royal-des-Champs. Elle en a certainement longuement médité les écrits, et singulièrement les lumineuses Constitutions que la communauté se donna entre 1648 et 1665. Par son héritage intellectuel, suscité par l’oraison, l’adoration du Saint-Sacrement, la fermeté dans les combats, le monde révolu de Port-Royal brille encore devant nous, au-dessus des marécages, du « Porrois », dont il s’est extrait au fil des ans. Hélène Raveau en a fait un roman qui transfigure cette époque lointaine, ces vieilles pierres brisées du Grand Siècle qui sont autant de fondations pour élever les esprits.

C’est un roman court, un roman de méditation, un roman des Pensées. C’est l’histoire de Port-Royal, celle d’une destruction que motivait la grandeur d’un Prince, qui préféra complaire au Pape plutôt qu’à Dieu. C’est en miroir la fiction captivante d’une renaissance, celle de l’abbaye, de sa communauté. C’est un songe sorti de l’imagination d’une adolescente de quinze ans, pleine de vie, portée par la foi et la révolte. Douze femmes se relèvent, surgissent du cimetière, des parkings, des cent marches, qui viennent des Granges, des hôtels alentour. Ces douze vierges redonnent vie, par le chant et la prière, malgré les autorités religieuses, malgré les puissances politiques, malgré tous les grands de ce monde, au monde du sacré, au monde du religieux. C’est, dans le XXIe siècle commençant, un univers inconnu qui surgit : « Ces douze voix fondues en une frappaient de stupeur les jeunes adultes : ils n’avaient jamais entendu louer Dieu. »

Enfin, ce roman est une quête spirituelle. La quête d’une renaissance du monde chrétien. En toile de fond sourdent, à Cordoue, dans les rues de Paris, les progrès de l’islam conquérant. Mais contre lui, contre l’oubli des chrétiens qui s’ignorent encore, l’auteur a trouvé dans les prières belles et implacables de Port-Royal une puissance de Salut, fondée sur des cœurs fidèles, portée par la cohorte des anges qui chantent : « Debout, Chrétiens ! » Face à la France qui pâlit, aux vieux chênes abattus, voilà un un jugement aussi fin que terrible : « On avait perdu la mémoire, en France, de ces fermetés d’âme. » Les fermetés de Port-Royal.

La Providence, d’après Les Choses d’en-haut, n’oubliera pas la fille aînée de l’Église, la mère des arts et des lettres, la patrie prolifique des saints de tous les temps. Comme elle convoqua sainte Jeanne d’Arc pour relever une France au bord de son annihilation, elle agira encore. Mais puisque ce n’est plus de violence, de guerre sauvage qu’il s’agit, elle surprendra encore les nations. Peut-être, en effet, n’est-ce pas dans les bruyantes soirées de louanges citadines, mais au creux d’un vallon marécageux, dans le chant angélique de frêles femmes que le Dieu de Miséricorde nous suscitera une nouvelle alliance, une puissance de Salut.

À la fin de son bel ouvrage, Hélène Raveau nous donne encore les moyens de relever Port-Royal. En admirant ses images, celles de Philippe de Champaigne, en méditant les écrits, en examinant les questions, en contemplant la sainte Face. Port-Royal demeure ce lieu de prière et d’adoration qu’illuminent les étoiles : « Comment penser à Dieu, privés de Sa nuit ? »

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