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Evangelii Gaudium : ce qu’il faut retenir

Le Saint-Siège a publié ce 26 novembre 2013 l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (L’Évangile de la Joie) de Sa Sainteté le Pape François sur l’annonce de l’« Évangile dans le monde d’aujourd’hui ».
Avant de vous inviter à la lire intégralement, notons quelques passages marquants qui nous replongent dans les débuts d’un pontificat très militant qui par la suite aura pu décevoir par son absence de pertinence quant aux grands enjeux qui ont ébranlé l’Europe, particulièrement la France, à l’heure des débats sur le dit mariage pour tous, l’euthanasie qui s’annonce et la théorie du genre qui avance lentement mais sûrement dans les écoles de la République.
Le Pape ne livre pas son programme pour se faire élire, il le communique après, et c’est ce qui fait toute la beauté de son mandat duquel nous ne savons pas tout et qui nous place dans une confiance toute filiale, et cette exhortation apostolique, c’est l’occasion pour nous, chrétiens, d’essayer de bien mesurer la pensée du Saint-Père.

J’ai retenu quatre points de cette exhortation sur lesquels mon objectif n’est pas de s’attarder, simplement de les mettre en exergue, parce qu’ils m’apparaissent comme fondamentaux pour nous tous.

Chapitre 2 - Dans la crise de l’engagement communautaire

I. 2. Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent

55. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation.

II. 5. Non à la mondanité spirituelle

93. La mondanité spirituelle, qui se cache derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Église, consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien être personnel. C’est ce que le Seigneur reprochait aux pharisiens : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ? » (Jn 5, 44). Il s’agit d’une manière subtile de rechercher « ses propres intérêts, non ceux de Jésus-Christ » (Ph 2, 21). Elle prend de nombreuses formes, suivant le type de personne et la circonstance dans laquelle elle s’insinue. Du moment qu’elle est liée à la recherche de l’apparence, elle ne s’accompagne pas toujours de péchés publics, et, extérieurement, tout semble correct. Mais si elle envahissait l’Église, « elle serait infiniment plus désastreuse qu’une quelconque autre mondanité simplement morale »

Chapitre 4 - La dimension sociale de l’évangélisation

I. 3. L’enseignement de l’Église sur les questions sociales

183. En conséquence, personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens. Qui oserait enfermer dans un temple et faire taire le message de saint François d’Assise et de la bienheureuse Teresa de Calcutta ? Ils ne pourraient l’accepter. Une foi authentique – qui n’est jamais confortable et individualiste – implique toujours un profond désir de changer le monde, de transmettre des valeurs, de laisser quelque chose de meilleur après notre passage sur la terre. Nous aimons cette magnifique planète où Dieu nous a placés, et nous aimons l’humanité qui l’habite, avec tous ses drames et ses lassitudes, avec ses aspirations et ses espérances, avec ses valeurs et ses fragilités. La terre est notre maison commune et nous sommes tous frères. Bien que « l’ordre juste de la société et de l’État soit un devoir essentiel du politique », l’Église « ne peut ni ne doit rester à l’écart dans la lutte pour la justice ».[150] Tous les chrétiens, et aussi les pasteurs, sont appelés à se préoccuper de la construction d’un monde meilleur. Il s’agit de cela, parce que la pensée sociale de l’Église est en premier lieu positive et fait des propositions, oriente une action transformatrice, et en ce sens, ne cesse d’être un signe d’espérance qui jaillit du cœur plein d’amour de Jésus-Christ. En même temps, elle unit « ses efforts à ceux que réalisent dans le domaine social les autres Églises et Communautés ecclésiales, tant au niveau de la réflexion doctrinale qu’au niveau pratique ».

3. Le bien commun et la paix sociale

218. La paix sociale ne peut pas être comprise comme un irénisme ou comme une pure absence de violence obtenue par l’imposition d’un secteur sur les autres. Ce serait de même une fausse paix que celle qui servirait d’excuse pour justifier une organisation sociale qui réduit au silence ou tranquillise les plus pauvres, de manière à ce que ceux qui jouissent des plus grands bénéfices puissent conserver leur style de vie sans heurt, alors que les autres survivent comme ils peuvent. Les revendications sociales qui ont un rapport avec la distribution des revenus, l’intégration sociale des pauvres et les droits humains ne peuvent pas être étouffées sous prétexte de construire un consensus de bureau ou une paix éphémère, pour une minorité heureuse. La dignité de la personne humaine et le bien commun sont au-dessus de la tranquillité de quelques-uns qui ne veulent pas renoncer à leurs privilèges. Quand ces valeurs sont touchées, une voix prophétique est nécessaire.

219. La paix, non plus, « ne se réduit pas à une absence de guerres, fruit de l’équilibre toujours précaire des forces. Elle se construit jour après jour dans la poursuite d’un ordre voulu de Dieu, qui comporte une justice plus parfaite entre les hommes ».[179] En définitive, une paix qui n’est pas le fruit du développement intégral de tous n’aura pas d’avenir et sera toujours semence de nouveaux conflits et de diverses formes de violence.

Bien entendu, très papocritique (par opposition aux papôlatres), certains passages n’ont pas manqué de m’hérisser le poil. Je ne suis personne pour juger le Pape, encore moins ce qu’il dit, mais je me demande toujours si un Pie XII, un saint Pie X ou un Léon XIII aurait pu prononcer certaines paroles, ou écrire certaines lignes, présentes au sein-même de cette exhortation. Pour ne parler que de liturgie, sachez bien fidèles lecteurs, que le Pape n’est toujours pas très attaché à ce qu’il appelle le « soin ostentatoire de la liturgie ». In fine, il nous fait comprendre que c’en est terminé des messes pontificales à Saint-Pierre où le célébrant est coiffé de la mitre de tel ou tel pape d’une époque où l’esthétisme ecclésial était encore de qualité. Gageons que le Pape n’a pour l’heure jamais lu le Rouge & le Noir et que sa position évoluera dès lors qu’il s’aventurera dans nos colonnes. S’il me lit, je n’omets pas de lui signifier toute ma déférence et ma communion avec le Siège apostolique, et ce même allant, au gré de mes voyages en terre de France, entendre l’office dans des paroisses associées à des fraternités toujours jugées (outrageusement) schismatiques, mais qui vous aiment, Très-Saint-Père.

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