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Embryon : « Alors que Jésus approchait de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle »

Sermon prononcée par l’abbé Iborra en l’église Saint-Eugène le dimanche 21 juillet 2013.

9e DIMANCHE APRES LA PENTECÔTE 2013

« Alors que Jésus approchait de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle ». Au lendemain du vote de la loi levant l’interdiction de la recherche sur les embryons humains, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le Christ ne ferait pas autre chose aujourd’hui sur la France et, plus largement, sur notre civilisation occidentale. Dieu pleure sur l’Occident parce que ces terres abreuvées du sang des martyrs, cultivées par le labeur des saints, transfigurées par le génie de multiples chrétientés, deviennent de plus en plus des terres désolées, brûlées par l’apostasie de ceux qui se veulent autonomes au point de congédier Dieu de l’ordre de l’univers et de la société, de la raison et du cœur de l’homme. Cette loi qui dépossède l’embryon humain de la protection due à un être humain en devenir, à une personne, est un coup de boutoir supplémentaire asséné à cette fragile construction culturelle qu’est une civilisation conforme à la loi divine et naturelle. C’est un élément de plus de notre civilisation chrétienne qui s’effondre, rejoignant les ruines de tant d’autres : le respect de l’enfant à naître, le mariage hétérosexuel pour n’en citer que les plus emblématiques.

La prophétie du Christ se réalise aussi pour nos sociétés. Mais à la différence de Jérusalem dont le temple fut incendié en 70 et la ville rasée en 135 par les légions romaines, nos ennemis ne sont plus seulement extérieurs, ils sont intérieurs, et c’est la raison et le cœur malades de nos contemporains. Probablement manipulés par l’Ennemi par excellence, « homicide et mensonger dès l’origine ». Animés par une rage suicidaire, nos contemporains s’acharnent à détruire leur propre cité. Marqués par le nihilisme, leurs élites déconstruisent systématiquement ce qu’il a fallu des siècles, voire des millénaires pour édifier, à partir de Jérusalem, d’Athènes et de Rome, mais aussi des forêts et des steppes celtes, germaniques ou slaves. C’est la haine suicidaire de celui qui refuse de se concevoir comme héritier, de devoir dépendre d’un autre, en l’occurrence de nos ancêtres, tant au temporel qu’au spirituel. Dans le fond, c’est le refus de l’amour ; et c’est pourquoi c’est une entreprise diabolique.

De quoi s’agit-il avec cette loi ? Le gouvernement a profité des vacances d’été pour prendre de court l’immense vague de résistance populaire qui avait accueilli son projet sur le mariage. Et en quelques jours, sans débat, et malgré l’opposition de nombreux parlementaires, il impose une loi encore plus scélérate que la précédente car elle touche à la vie. Livrer des embryons humains à la recherche, c’est-à-dire à l’avidité des laboratoires pharmaceutiques et à l’industrie des cosmétiques, c’est ni plus ni moins autoriser le meurtre des plus faibles d’entre nous. Car, faut-il le rappeler, nous sommes tous passés par le stade de l’embryon. Et personne de ma génération a eu un jour à se poser la question de savoir s’il était ou non un « survivant ». L’embryon humain est bien « l’un de nous », du nom de cette initiative qui au niveau européen s’efforce de le défendre.

Quel est le point central de cette loi ? Comme le souligne la Fondation Lejeune, elle présume l’embryon humain disponible pour la recherche ; il devient un matériau disponible pour des expérimentations sous pavillon de complaisance de la médecine. Ajoutez à cet embryon quelques dizaines d’années, et cela ne vous rappelle-t-il pas quelques unes des « heures les plus sombres de notre histoire » ? La loi dispose ensuite que la charge de la preuve ne s’impose plus au chercheur qui n’a donc plus à justifier son projet. L’embryon « surnuméraire », celui sur qui il n’y a pas de « projet parental », devient ainsi un outil de l’industrie pharmaceutique. C’est la voie ouverte non seulement à la destruction de l’être humain mais aussi à sa marchandisation. Avec la volonté perverse de développer des recherches sur les cellules-souches embryonnaires alors que depuis 20 ans ces recherches n’ont rien donné. Et cela en ignorant volontairement les résultats plus qu’encourageant de la recherche sur les cellules non embryonnaires, cette recherche qui a valu au Pr. Yamanaka, un Japonais – qu’on ne saurait taxer d’être un dangereux catholique intégriste – son prix Nobel. Aveuglement coupable où la pression de l’argent, du Mammon d’iniquité, n’est pas loin car, comme le rappelle encore la Fondation Lejeune, l’industrie pharmaceutique est bien la réelle bénéficiaire de cette loi.

Une fois encore, relevons le mépris pour le peuple, pour cette pétition européenne qui a recueilli 765 000 signatures (dont 67 000 en France). Quelle hâte aussi à adopter cette loi ! Ceux qui nous gouvernent nous avaient habitués sur tous les autres sujets (gaz de schiste ou OGM) à plus de prudence avec leur sacro-saint principe de précaution. Cette loi aggrave encore le droit absolu de vie et de mort que les adultes en bonne santé exercent aux deux extrémités de la vie humaine, d’un côté avec l’avortement et la manipulation des embryons et de l’autre avec l’euthanasie, prochain projet à être imposé. L’arbitraire règne de la manière la plus éhontée, pourvu que notre volonté s’accomplisse : un tel se débarrasse de son enfant à naître parce qu’il dérange sa quiétude, tel autre en veut un à tout prix, recourt à la PMA, et obtient de multiples embryons dont il sacrifie les malheureux « surnuméraires ». A cet égard quel contraste : tandis que le peuple anglais se passionne pour l’enfant à naître du Duc de Cambridge et de son épouse, futur symbole de la continuité d’une nation, des centaines de milliers d’autres sont dépecés et éliminés dans la plus grande indifférence. On reconnaît ici l’emprise du relativisme, subjectivisme soumis à l’hédonisme qui sert de spiritualité à nos sociétés, relativisme qui va maintenant jusqu’à déclarer qui a droit de vivre et qui doit mourir, parce qu’en rejetant l’objectivisme de la loi naturelle, on aura déclaré qu’il n’est pas une personne humaine. Cela non plus n’est pas sans rappeler certaines « heures les plus sombres de notre histoire » (ou de celle de nos voisins...).

Ce à quoi nous assistons sous ces coups de boutoir successifs, constitue un véritable démantèlement de notre civilisation chrétienne. Par refus de connaître « le temps où Dieu t’a visitée », selon les paroles du Christ rapportées par S. Luc. Car Dieu nous a visités et ne cesse de le faire : « il a habité parmi nous » et cette présence se continue dans son Église. La présence tutélaire de Dieu dans nos sociétés se donne à voir dans nos églises, elles qui introduisent la verticalité de la transcendance dans l’horizontalité de nos villes bien vite tentées autrement de s’enfermer dans leurs activités temporelles. Ces églises d’ailleurs que l’on commence à abattre ici ou là. A vrai dire mieux vaut les voir par terre que transformées en mosquées comme en orient ou en galeries commerciales comme dans certains pays d’occident. Mais le résultat est le même : on cherche à chasser le Christ de nos villes, à éliminer Dieu de nos sociétés.

Cette déconstruction systématique d’une civilisation n’est pas anodine. Un jour viendra où privée de ce vinculum substantiale qu’est la présence de Dieu, la société s’effondrera avec fracas. Et là ce ne seront plus seulement les valeurs qui crouleront mais nos propres institutions, nos cités, dans tout ce qu’elles ont aussi de matériel. Car sans le lien de la charité, qui est surnaturelle, l’homme redevient un loup pour l’homme. Chasser Dieu, c’est récolter la guerre de tous contre tous. Au sens du sacrifice stimulé par la charité succèdera l’avidité nourrie par l’égoïsme, le subjectivisme, l’hédonisme. Nos sociétés deviendront des « cavernes de voleurs » avant de se transformer en champs de décombres et en charniers à ciel ouvert. « Sans moi, vous ne pouvez tenir » dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe.

Je finirai par une note teintée d’espérance. Jésus s’est saisi d’un fouet et a chassé les marchands du temple. Il a visité la cité en restaurant la dignité de son temple, du lieu où Dieu habite au milieu de son peuple. C’est en rétablissant d’abord la place de Dieu dans l’ordre social que l’on contribuera à relever les ruines de notre cité, que l’on démasquera l’ennemi à l’œuvre dans les institutions politiques et économiques, là où s’agitent nos prétendues élites. La France doit se réveiller et se relever, et avec elle l’Europe, pour faire face aux défis que d’autres civilisations plus frustes nous jettent déjà. En évoquant cette nécessaire purification, je pense aux images terribles du prophète Ezéchiel (ch. 9) où les anges exterminateurs frappent, en commençant par le temple, dans toute la cité, n’épargnant que ceux qui portent sur leur front la marque du Seigneur. Travaillons en sorte d’être reconnus comme porteurs du signe du salut ! Notre monde saura-t-il reconnaître, alors qu’il en est encore temps, le moment de sa visitation, la venue continuelle du Christ dans son Église, avant qu’il vienne enfin dans sa gloire comme Juge universel ?

Ce défi c’est aussi le nôtre, car veilleurs sur les remparts de la cité, nous sommes ceux qui guettons la venue de l’envoyé de Dieu, ceux qui devons le reconnaître et l’introduire pour qu’il procède à la régénération d’un régime qui, enfermé dans sa morgue de prétendu libéré, brise comme un enfant dément (nietzschéen) l’œuvre des générations...

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