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Comment considérer le mariage civil ?

Il y a quelques années déjà, nous nous refusions à parler de « mariage civil » pour qualifier ce que le Code Civil et la république dite « française » appellent ainsi. Nous préférions utiliser l’expression d’ « union civile » mais, malheureusement, à cause des récentes folies menées à bien par un gouvernement d’occupation socialiste idéologiquement soutenu par certains partis dits de droite, cette facétie que nous avions – à juste raison, ce nous semble – ne serait plus comprise du lectorat et du grand public. L’expression d’ « union civile » renvoie aujourd’hui, dans les esprits, à une toute autre chose : c’est ainsi que le démon avance en son nouveau domaine, reconquis sur la lumière, en corrompant le langage et, par lui, la pensée que ledit langage est censé porter. La forme contraint le fond. Par convenance, et donc par une lâche compromission à l’égard des erreurs ambiantes, nous parlerons comme tout le monde de « mariage civil », mais c’est à contrecœur... Que l’on nous en pardonne !

Depuis longtemps, il sera apparu à quelques esprits l’iniquité des dispositifs législatifs concernant le « mariage civil » selon la république, notamment en ce qui concerne : 1°/ la nécessité de ce papelard accordé après une mascarade fort macabre ; 2°/ l’antériorité – sous la contrainte – du passage en mairie, la cérémonie du vrai mariage pouvant légalement ne se faire qu’ensuite... Rien ne justifie cette coutume malheureuse ; une particularité républicaine que l’on ne trouve presque nulle part ailleurs. Soi-disant, à l’origine, pour pister les veuves qui toucheraient une pension de réversion de la part de feu leur mari et qui décideraient malgré tout de se remarier sans en avertir la république et son fisc...
Que des laïcistes républicains se fassent les fers de lance de ce coup d’État matrimonial : rien de plus compréhensible et, en somme, rien de plus normal. Mais, en revanche, que la cléricature entière – ou presque – ait toujours daigné, et daigne encore, accepter cet état de fait et y collaborer, voilà qui est plus surprenant. Heureusement, je n’ai pas encore entendu un prêtre faire l’éloge de ce système, le trouver bon, ou déclamer de la propagande en faveur du concubinage légal ou de la bigamie rendue possible par le divorce...

Le mariage civil fut d’abord, comme chacun sait, une concession de Sa Majesté Louis XVI vis-à-vis de quelques protestants, afin que l’État royal puisse reconnaître leurs liens matrimoniaux – que la théologie catholique ne leur nie pas nécessairement, comme elle voit aujourd’hui d’un bon œil l’alliance contractée entre un Japonais et une Japonaise. Toutefois, la période révolutionnaire et 1793 modifient du tout au tout cette donne, en changeant l’esprit du « mariage » civil qui, dorénavant, se trouve automatiquement doté d’une antériorité obligatoire – pour ne pas parler, sous la Terreur, d’exclusivité – en se trouvant en outre directement lié à la faculté de divorcer. En effet, il n’y a aucun mal à briser un lien qui n’existe pas autrement que sur un bout de papier signé par une autorité illégitime... Rien de plus bancal que le concubinage, même adossé à la loi, et installé aux frais du contribuable. Le Code Civil de Buonaparte n’a fait, en grande partie, que prolonger cette philosophie, reprenant à son compte la répudiation. Tout change en 1816, grâce aux Chambres de la Restauration qui abolissent cet infâme divorce.

Dès 1802, renouant avec l’esprit de tolérance – au sens où l’on ne tolère toujours qu’un mal – qui avait inspiré Louis XVI, et avec sa philosophie naturelle assez proche du thomisme, Louis de Bonald publie son célèbre – à l’époque, mais désormais oublié – Du Divorce. Le vicomte y justifie le principe du mariage civil en en faisant la face temporelle d’une réalité spirituelle supérieure. Mais, grâce à l’aide précieuse apportée par sa foi catholique, il est incapable d’accorder une quelconque valeur au « mariage » civil si ce dernier n’est pas associé au sacrement religieux de mariage. De même, s’il ne se prononce pas directement – car le cœur de son propos concerne le divorce, comme le titre de son ouvrage l’indique – sur l’obligation d’antériorité, il n’est pas difficile de se faire une idée quant à son opinion.
L’État, selon Bonald, n’intervient dans le contrat de mariage civil qu’en tant que troisième signataire : le mariage civil n’est pas contracté entre deux parties, mais entre trois : les époux... et l’État qui, devant protéger le faible et défendre son intérêt considéré comme étant un enjeu pour le bien commun, représente a priori – c’est-à-dire à l’avance – les enfants à naître de cette union conjugale. De là, même avec Buonaparte, les articles du Code Civil ne s’intéressent au mariage que par tout ce qui a trait à la procréation et à l’éducation des enfants – jusqu’au « secours mutuel » qui doit offrir un foyer soudé à l’enfant. Aussi, le divorce – au même titre que l’infanticide : « L’infanticide détruit l’homme, le divorce dissout la société » – est d’emblée exclu par la primauté accordée à la progéniture : ce mariage civil – idéal sans être impossible – n’est qu’un prolongement temporel des principes réels et spirituels du mariage chrétien – prolongement qui s’exprime en garanties juridiques. L’enfant à naître est en effet le seul objet social du mariage.

« Ôtez le catholicisme de l’univers, et le divorce y deviendra pire que la polygamie d’Orient. » Aujourd’hui en France, et ce depuis quelques temps déjà, ces deux faits horribles cohabitent. Nous pouvons nous en vouloir et nous le reprocher. La polygamie d’Occident rejoint celle d’Orient. Il est temps de réagir en exerçant enfin notre responsabilité morale et en refusant l’une des façons que nous avons de collaborer avec ce cercle vicieux... Ce sera l’objet de notre prochain article.

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