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[CAUSERIES JAPONAISES INÉDITES] Incarner la tradition

CAUSERIES JAPONAISES INÉDITES

XII. Incarner la tradition

Comme qui dirait, « l’habit ne fait pas le moine ». Plutôt faudrait-il dire que « l’habit traditionnel ne fait pas la tradition ».

Magnifique Japon qui rappelle sans cesse des fondamentaux de l’existence humaine même dans des domaines qui pourraient sembler les plus futiles et vains. Auriez-vous cru qu’une publicité puisque contenir un message si puissant qu’il laisse ébahi l’occidental, horriblement mal habitué qu’il est à des publicités vulgaires, idiotes, sans aucunes finesses et jouant sur les pires vices du cœur humain ? Dans un train -propre et calme- en fin de journée avec quelques dormeurs, une publicité passe sur un des écrans disposés au-dessus des portes.

Cinq hommes sont assis en position traditionnelle japonaises, la seiza la droite posture assise. Quatre portent des habits traditionnels, un, troisième en partant de la gauche, un costume cravate commun, comme on le voit partout dans le monde. Les quatre hommes en costume traditionnel se lèvent comme ils peuvent et sont transis de douleurs par les crampes de ceux qui ne savent pas s’asseoir à la japonaise et qui ne pratiquent manifestement pas. Sur ce, en dernier, l’homme en costume cravate se lève dans une attitude parfaite et imposante, tel un samouraï, au point que les autres à côté ont l’air de véritables guignols costumés pour l’occasion. Apparaît alors la devise sous forme d’une question du genre : « à votre avis, qui protège et continue la tradition ? ».

Beau pays que celui où la tradition est aimée et incarnée, où le bien est de s’efforcer de retrouver la réalité de l’esprit traditionnel pour atteindre le stade de bonhomme, de gentilhomme.

Cette publicité est si juste. On attend plus de nos entreprises de telles œuvres de l’esprit, sociétés moribondes qui sont au mieux, pour celles qui ont encore un esprit, silencieux comme des tombes, au pire, bruyantes dans la promotion de la débauche et des déviances multiples. Oui, la tradition s’incarne et se vit.

Un ami plus basque que les basques, expert des carnavals, fustigeait ces ridicules pseudo-traditions de cette grande majorité des carnavals urbains qui ne faisaient que se costumer sans jamais influer une âme aux personnages, déjà morts depuis longtemps. De la même façon que le carnaval réel existe par l’incarnation des costumes dans des faisceaux de traditions que certains villages basques illustrent encore avec force, de même la tradition n’est pas un jeu de costume guignolesque vide d’esprit. Croire que mettre simplement un costume permet de renouer avec des ancêtres, des anciennes coutumes, des traditions relève d’une naïveté ignorante. Cela explique certainement pourquoi, trop souvent, ces folklores, dans les régions où ils furent complètement exterminés, comme en Occitanie, paraissent si ridicules. Ces soi-disant servants qui tentent de faire revivre des anciennes traditions, intention louable entre toute, ne font que grimer, dans un mépris total de l’esprit, des costumes, des langues mortes – voire inexistante -, musiques et autres choses qui se disputent trop souvent la sorte de médiocrité bisounours des inondés subventionnés. Le bât blesse car la tradition se vit. Cela suppose donc un effort suprême, qui n’a rien à voir avec l’argent, dans la communion avec des esprits d’anciens et donc une ouverture extrême à la différence de ceux-là mêmes que nous voulons retrouver. Et cela ne suffit encore pas, le chemin pour incarner cet esprit ne relève que de l’excellence et de l’effort personnel.

Il est possible que les traditions interrompues, comme par exemple un carnaval, depuis trop longtemps, ne puissent pas ressusciter tout court. Peut-être est-ce possible, mais alors il ne suffit pas simplement de connaître la réalité du carnaval, encore faut-il recréer la réalité de l’esprit dans la communauté qui vit le carnaval, et cela n’est ni aisé, et ne se fait pas ni par l’argent ni par la force. Cet art de résurrection positive par une activité qui va dans le bon sens, sans faire violence, sans tomber dans la médiocrité, n’est pas facile dans le champs de ruine de notre pays.

Avant tout donc, ne pas s’occuper du costume, mais incarner l’esprit dans sa vie entière.

Paul-Raymond du Lac

Pour Dieu, Pour le Roi, Pour la France

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