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Benoît XVI et l’unité (Famille Chrétienne)

L’abbé Eric Iborra, auteur du texte, nous a donné l’aimable autorisation du publier ce texte, paru dans Famille Chrétienne.

BENOÎT XVI ET L’UNITÉ

Le thème de l’unité – unité de l’Église, unité du genre humain – s’est vite imposé à Joseph Ratzinger, dès sa jeunesse pourrait-on dire, lui qui est né dans un pays confessionnellement divisé et qui a très vite vécu la division des nations à travers le phénomène de la guerre mondiale, divisions exploitées par les régimes totalitaires – il s’en souviendra – pour mieux asseoir leur emprise sur les âmes. Dans sa thèse consacrée à l’ecclésiologie d’un saint Augustin affronté au schisme donatiste, il contemplera l’unité par la charité pour la mission. Car l’Église, écrivait-il en 1960, « n’est pas la un cercle ésotérique ; elle est au service du tout. La communauté fraternelle chrétienne n’est pas contre, mais pour le tout ».
Intuition qui sera reprise à Vatican II où l’Église se veut au service de la communauté humaine en lui apportant ce qu’elle a de spécifique : la présence agissante du Christ sauveur de l’homme blessé par le péché. Mais encore faut-il que l’Église soit une pour que le monde croie ! Commentant les discussions conciliaires sur l’œcuménisme au lendemain de la 2e session, il en rappelait le principe face aux objections : « Le Nouveau Testament connaît la pluralité des Églises, mais récapitulée sous le singulier de l’unique Église, jamais sous la forme d’Églises confessionnelles séparées ». S’il reconnaissait que la centralisation romaine avait pu pousser ce pluriel à migrer hors des limites de l’Église catholique, il invitait cependant à renverser la perspective en adoptant une vision plus platonicienne où il s’agissait de reconnaître en chacune de ces Églises et communautés ecclésiales séparées une participation plus ou moins grande à la plénitude qui subsiste dans la seule Église catholique (cf. LG 8). Devenu pape, il a cherché à mettre en œuvre ses vues aussi bien ad extra qu’ad intra.

La réconciliation ad extra

A peine élu, Benoît XVI faisait part de sa volonté de poursuivre l’engagement œcuménique de ses prédécesseurs, mais en situant expressément le dialogue dans la vérité pour rompre avec toute ambiguïté et donc sans dissimuler les points de friction.
Tout d’abord à l’égard des Églises séparées, ce qui désigne surtout le vaste ensemble des Églises orientales, dont la plus importante, numériquement, est l’Église orthodoxe russe. C’est là que le dialogue a été le plus intense car ce sont les communautés qui, du point de vue de la foi, sont les plus proches. Malgré le problème des uniates et l’accusation récurrente de prosélytisme, les relations se sont réchauffées avec Moscou. En 2007, il a été reconnu que l’évêque de Rome est le premier parmi les patriarches. Les discussions actuelles tournent autour du contenu universel de cette primauté, d’autres ont cours avec les Églises issues des schismes du 1er millénaire.
Ensuite, à l’égard des communautés ecclésiales issues de la Réforme, le dialogue a visé plus particulièrement celles qui ont gardé une apparence d’épiscopat, c’est-à-dire certains luthériens et surtout les anglicans. Dialogue freiné par la vulnérabilité de ces dénominations occidentales aux « avancées sociétales » (admission des femmes aux ministères « ordonnés » et tolérance vis-à-vis de l’homosexualité). Mais justement, un certain nombre d’opposants à ces changements ont fait le choix de rejoindre l’Église catholique. Jusqu’à présent ils étaient accueillis individuellement et c’était surtout un exode de clergymen. Depuis 2009, ils ont la possibilité de migrer de manière corporative, avec leurs fidèles, en conservant ce qui est compatible, en matière liturgique notamment, avec leur intégration dans l’Église catholique. Trois ordinariats de ce genre ont déjà été constitués et des luthériens américains s’intéressent à cette solution. Le dialogue est évidemment plus difficile en matière dogmatique avec les autres protestants mais parfois plus facile en matière morale, les « évangéliques » étant particulièrement conservateurs, notamment dans le domaine de la défense de la vie.

La réconciliation ad intra

Elle concerne d’un côté la frange traditionaliste mais aussi, par un patient travail de recentrage magistériel, l’ensemble de l’Église secouée par la crise postconciliaire.
On se souvient des efforts du cardinal Ratzinger pour parvenir à un accord avec Mgr Lefebvre. Devenu pape, Benoît XVI poursuivra son action en deux étapes. D’abord en étendant la faculté de célébrer selon les anciens livres grâce au motu proprio de 2007, ouvrant la voie à une forme extraordinaire du rite romain. Ensuite en renouant le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X, par un geste, en 2009, la levée de l’excommunication pesant sur les évêques sacrés à Ecône, dialogue jusqu’à présent malaisé il est vrai.
Cette cassure, visible, ne doit pas dissimuler les multiples fractures, plus sournoises, qui existent au sein de la « Grande Église », notamment en Occident, en matière de foi, de discipline et de morale. Par son magistère ordinaire, Benoît XVI s’est employé à les réduire, en appelant à une interprétation des textes de Vatican II dans la continuité de la foi bimillénaire de l’Église.

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