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Abbé Iborra : « Notre église est vaste, ses tribunes sont vides : il y a de la place pour tous ceux que vous amènerez ! »

Sermon de monsieur l’abbé Eric Iborra
vicaire de la paroisse Saint-Eugène-Sainte-Cécile, à Paris
prononcé le dimanche 15 février lors de la messe de 11h00
3e DIMANCHE DE L’AVENT 2013

L’ornement rose que je porte aujourd’hui, et que j’ai rapporté de Rome il y a deux mois en prévision de ce jour, est censé refléter la joie qui anime l’Apôtre, joie qui transparaît à travers l’épître de cette messe et dont les premières paroles sont reprises dans l’introït : Gaudete in Domino semper, réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps. Pourquoi se réjouir ? Et surtout en ce temps de crise, pourrions-nous ajouter, où tant de nuages s’amoncellent sur l’avenir de notre pays, de notre monde. S. Paul nous le dit : Dominus prope est : c’est que le Seigneur est proche ! Pour l’Apôtre, la proximité dont il est question, c’est celle du retour en gloire, celle du second avènement. S. Paul et les premiers disciples le pensaient en effet proche puisqu’avec la résurrection, les temps nouveaux – ceux de la récapitulation sous le chef du nouvel Adam, ceux de la transfiguration du cosmos – se trouvaient inaugurés dans son corps glorifié. La prolongation de l’attente posera aux disciples une question sérieuse sur la réalisation de la promesse, question à laquelle répondra la 2e lettre de S. Pierre, nous donnant à nous aussi une indication précieuse : le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse, comme le pensent certains ; c’est pour vous qu’il patiente, car il n’accepte pas d’en laisser quelques uns se perdre ; mais il veut que tous aient le temps de se convertir (2 P 3, 9). Dieu attend notre conversion dans le clair-obscur d’une histoire qui reste précisément marquée par la discrétion du premier avènement, celui que nous nous apprêtons à commémorer en ce 3e dimanche de l’Avent, à 10 jours de Noël. Ainsi notre joie oscille-t-elle entre le rappel de la réalisation de l’antique promesse, celle de l’Emmanuel – Dieu vient demeurer parmi nous en se faisant petit enfant – et l’espérance de la réalisation de la promesse nouvelle : il viendra dans la gloire, mettant fin à l’histoire, contrastée, que nous traversons génération après génération.

Le Seigneur est proche. Mais la proximité du premier avènement est celle d’une commémoration, dont l’objet ne cesse de s’éloigner dans le temps. Et la proximité du second avènement ne cesse de reculer à mesure qu’avance l’horizon de l’histoire. Comment alors nous approprier cette joie dont nous parle l’Apôtre ? Comment l’accueillir autrement que comme un mot un peu vide de sens ? En considérant un autre avènement, sacramentel celui-ci, qui se réalise en tout instant de l’histoire et en tout lieu du monde habité. C’est l’avènement permanent du Seigneur dans son Église, c’est sa présence continuelle par les sacrements, c’est son inhabitation en nous par la grâce, grâce de la communion eucharistique, grâce sanctifiante et habituelle du baptême, par laquelle nous devenons temples du Saint-Esprit, lieu où le Père et le Fils viennent faire leur demeure. La cause de notre joie n’est alors plus à rechercher uniquement dans le passé ou dans le futur, mais bien dans le présent, c’est-à-dire au cœur même de notre vie, et même de notre vie quotidienne.
La cause de notre joie réside ainsi dans notre foi. Benoît XVI a souvent insisté sur la joie de croire. Son successeur en fait le leitmotiv de son exhortation apostolique : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours » (EG 1). Mais que dire lorsque nous faisons l’expérience, personnelle ou communautaire, de la contradiction ? Le pape poursuit : « La joie s’adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout. Je comprends les personnes qui deviennent tristes à cause des graves difficultés qu’elles doivent supporter, cependant peu à peu, il faut permettre à la joie de la foi de commencer à s’éveiller, comme une confiance secrète mais ferme, même au milieu des pires soucis » (EG 6). Car le Seigneur est bien là, « même si c’est de nuit » ajoute S. Jean de la Croix. La joie chrétienne n’est pas un sentiment, l’effet d’un ressenti, mais c’est le fruit d’un combat, celui de la foi. C’est aussi la confession de S. Jean-Baptiste que nous venons d’entendre dans l’évangile : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ». Au milieu de vous, dit le Précurseur. Avec le prophète Sophonie, nous pourrions même ajouter : « Le Roi d’Israël, le Seigneur, est en toi » (Soph 3, 15). Non plus au milieu de vous seulement mais en vous ! Mais justement, celui qui se tient au milieu de nous, celui qui se tient même en chacun de nous, cherchons-nous vraiment à le connaître ? C’est la question que pose le pape : « Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie. Ce n’est pas le choix d’une vie digne et pleine, ce n’est pas le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité. J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse » (EG 2-3).

Telle est la conversion à laquelle nous devons avant tout consentir. Le temps de la patience de Dieu, c’est donc aussi le temps de notre propre vie, jalonnée par nos découvertes progressives du mystère de Jésus, scandé alors par la joie qui les accompagne. Pour cela, prenons appui sur la grande figure qui nous accompagne tout au long de ce temps de l’Avent, Marie. L’Avent concentre en ses quatre semaines le temps qui s’écoule pour elle de l’Annonciation à la Nativité. Car si Marie est aujourd’hui par son Assomption dans la gloire de son Fils, s’il y a deux mille ans elle a pu voir le visage de l’Emmanuel lui sourire, elle a aussi, pendant neuf mois, vécu ce que nous vivons nous tout au long de notre pèlerinage terrestre : la présence du Seigneur, une présence réelle certes, mais pourtant invisible, dans les tracas du quotidien. Comme Marie, nous portons en nous le Christ. Comme Marie, nous ne voyons pas son visage. Comme Marie le découvrit par la grâce de sa maternité divine à mesure que les mois s’écoulaient, nous aussi nous découvrons dans notre proximité de grâce avec lui quelque chose de son mystère qu’un jour nous contemplerons, comme elle, à découvert. Le temps de l’Avent est donc le temps marial par excellence. C’est le temps du recueillement, de la récollection de tout notre être autour de celui qui est en nous, intimior intimeo meo, pour reprendre un mot de S. Augustin, à l’instar de Marie qui entourait de tout son être maternel la présence du Verbe en elle. Le temps de l’Avent est pour ainsi dire une parabole de notre existence terrestre : nous portons en nous le Verbe, mais sans voir son visage. A Noël, avec Marie, nous aurons à l’enfanter. Mais nous ne le verrons toujours pas dans sa gloire, ce sera encore une fois comme Marie, dans un regard de foi. Cependant, par la foi, nous avons vraiment accès à lui, dans sa vérité. Et c’est pourquoi l’Église nous faire dire aujourd’hui : gaudete in Domino semper. Notre joie vient de la certitude de sa présence. Joie que ne sauraient éteindre les incertitudes du jour, tous ces événements qui participent des souffrances de cette création gémissant en travail d’enfantement, comme le dit Paul aux Romains (cf Rm 8, 19.22), mais création déjà profondément travaillée par l’œuvre de rédemption car, rappelle le pape, « la résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée de cette histoire » (EG 278).
Cette expérience, nous ne pouvons pas la garder pour nous tout seuls. Nous avons à enfanter le Christ, c’est-à-dire le manifester par nos paroles et par nos actes. Autrement dit, à évangéliser. Et comme dit le pape : « Quand l’Église appelle à l’engagement évangélisateur, elle ne fait rien d’autre que d’indiquer aux chrétiens le vrai dynamisme de la réalisation personnelle » (EG 10). « La première motivation pour évangéliser est l’amour de Jésus que nous avons reçu, l’expérience d’être sauvés par lui qui nous pousse à l’aimer toujours plus. Mais, quel est cet amour qui ne ressent pas la nécessité de parler de l’être aimé, de le montrer, de le faire connaître ? Si nous ne ressentons pas l’intense désir de le communiquer, il est nécessaire de prendre le temps de lui demander dans la prière qu’il vienne nous séduire. Nous avons besoin d’implorer chaque jour, de demander sa grâce pour qu’il ouvre notre cœur froid et qu’il secoue notre vie tiède et superficielle » (EG 264). Que la Vierge Marie qui tout au long de l’Avent a porté le Christ pour ensuite nous l’offrir comme rédempteur nous assiste dans cette tâche digne des apôtres de son Fils ! Notre église est vaste, ses tribunes sont vides : il y a de la place pour tous ceux que vous amènerez par votre foi enflammée par la charité !

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