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80e anniversaire de la déportation de « Nazino »

Aujourd’hui, nous sommes le 1er mai, c’est la « fête du travail » et la « journée internationale des travailleurs » dans de nombreux pays. Cette tradition qui remonte au XVIIIe siècle a pu conduire à de sordides histoires, notamment celle de Nazino, il y a 80 ans.

Au mois d’avril de l’année 1933, la ville de Moscou s’organise pour préparer les festivités de la fête du 1er mai. Staline a notamment demandé à sa milice de « nettoyer » la ville de Moscou des « éléments socialement nuisibles » pour que les fêtes se déroulent bien. Ces éléments dangereux appelés aussi « les parasites » par le petit père des peuples (en privé bien sûr), sont en réalité majoritairement des paysans qui ont fui la misère et la famine des campagnes suite à la politique de collectivisation. Depuis 1930, nombre de ces paysans affamés ont été déportés en Sibérie ou au Kazakhstan car leur arrivée en ville déréglait la mise en place du système de rationnement. Mais cette rafle de la fin du mois d’avril 1933 a conduit 6.000 personnes sur l’île vierge de Nazino. Ces déportés sont arrivés par deux convois, le premier au début du mois de mai, le second, à la fin. Parmi les déportés, tous ne proviennent pas de la rafle de Moscou, mais les raflés constituent la majorité d’entre eux. Parmi eux, on retrouve surtout des paysans à qui l’on a refusé de délivrer des passeports, des petits voleurs mais aussi des dizaines de personnes qui faisaient leurs courses et qui n’avaient pas leur passeport sur eux.

Les autorités locales ont été prévenues au dernier moment et pensaient qu’elles avaient à faire à de dangereux criminels. Elles décidèrent donc de les parquer sur l’île déserte de Nazino. Les déportés n’avaient pas de vêtements de rechange, pas de nourriture, pas de couchage, et sur l’île, il n’y avait pas de toit ni d’abri. Là, en quelques jours, des centaines de personnes sont mortes de la famine, du froid, de la dysenterie. S’ajoutant aux personnes mortes pendant le voyage et celles qui s’étaient entre-tuées pour une poignée de farine, l’île de Nazino n’était qu’une vision d’horreur et cette tragédie se prolongea tout l’été.

Dès les premiers jours, des cas de cannibalisme sont évoqués. Les prisonniers mangent les premiers cadavres sans se soucier de l’état de santé dans lequel les personnes sont mortes. Puis, la faim se faisant de plus en plus oppressante, les déportés attendent près des mourants pour les dévorer et récupérer leurs dents en or, espérant les échanger auprès des gardes contre un peu de farine. Un peu plus tard, les affamés se chassent mutuellement et s’en prennent en priorité aux femmes. Ils les attachent, découpent et mangent les parties les plus tendre alors que les victimes agonisent en se vidant de leur sang. Ayant peur d’être considérés comme les organisateurs de cette tragédie, les plus grandes autorités du parti ont jugé les petits commandants locaux seuls responsables [1] des horreurs vécues sur cette île, appelées aujourd’hui encore « l’île aux cannibales ».

Le but de cet article n’est pas de dénigrer la fête du travail. Il n’est pas non plus d’exagérer les faits. Les victimes de Nazino représente moins de 1% des déportés de l’année en URSS. Le but de cet article est simplement de parler de ces personnes, mortes dans l’oubli, victimes de la folie idéologique pendant qu’en ce moment même, en Russie et Place de la Bastille, des travailleurs arborent fièrement le portrait du camarade Staline pour célébrer la fête du travail...


[1Ils ont été condamnés à plusieurs années de goulag.

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