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21 janvier 1793 : le « non serviam » des régicides

Le 21 janvier 2015, à l’occasion d’une Veillée organisée place de la Concorde, Philippe Pichot-Bravard, historien du droit et auteur de La Révolution française (Via Romana, 2014), s’exprimait au sujet du régicide.
Voici, en exclusivité dans nos colonnes, le propos tenu ce jour anniversaire.

« Nous sommes ce soir rassemblés en un lieu chargé d’histoire.
Ici même s’est déroulé l’un des événements les plus terribles et les plus décisifs de notre histoire.
En ce lieu, le 21 janvier 1793, le Roi Louis XVI, ultime successeur des quarante rois qui ont fait la France, a consommé son Sacrifice en montant à l’échafaud auquel l’avaient condamné les députés de la Convention nationale.
En immolant le Roi sur l’autel de la Patrie révolutionnaire, sur l’autel de la République, les conventionnels ont voulu consolider le grand bouleversement de la Révolution française, interdire tout retour en arrière, rompre le lien sacré, millénaire, qui unissait la France à Notre Seigneur Jésus Christ, Vrai Dieu et Vrai Roi, dont le monarque n’était que le lieutenant. Ainsi le meurtre rituel du Roi, Père du peuple, père des pères de familles, fut un acte de rupture, de subversion, par lequel les conventionnels, à leur tour, prononçaient le cri de ralliement de tous les révolutionnaires de l’histoire du monde : NON SERVIAM.
Louis XVI avait été condamné quelques jours plus tôt par la Convention nationale, à une très courte majorité ; majorité de contrebande d’ailleurs, arrachée par la menace, au milieu des hurlements des sans-culottes et des tricoteuses qui peuplaient les tribunes, encerclaient l’Assemblée, patrouillaient dans les couloirs et les allées qui y menaient, armés de poignards qu’ils n’hésitèrent pas à agiter sous le nez de députés considérés comme modérés.
Tout dans le procès du Roi respire l’iniquité. Le procès lui-même était illégal puisque la constitution de 1791 affirmait que la personne du Roi était « inviolable et sacrée ». Le procès ne fut qu’un trompe l’œil grimant d’oripeaux juridiques un assassinat politique. Il fut le premier grand procès totalitaire de l’histoire contemporaine.
Pourtant, face à tant d’iniquité, et d’ingratitude, le roi Louis XVI sut puiser dans la méditation de la passion du Christ la force et le courage de surmonter le malheur qui l’accablait. Il offrit sa vie en sacrifice pour que Dieu fasse miséricorde à son peuple : « La nation est égarée et je suis prêt à m’immoler pour elle […] Le sacrifice de ma vie est peu de chose à côté de sa gloire et de son bonheur  », dit-il à Malesherbes venu lui annoncer la décision de la Convention.
Ce faisant Louis XVI montra à tous ce qu’était la véritable nature de la royauté française. Par l’onction du sacre, le Roi était tout entier sacrifié au bien de son royaume, au bien de son peuple, comme le Christ. Derrière chaque couronne portée chrétiennement se dessine en ombre portée la couronne d’épines. Au cœur de l’épreuve, Louis XVI avait compris tout ce qu’impliquait ce sacrifice. Il en saisit l’impérieuse nécessité, et il s’y soumit. Ce fut là sa grandeur, une grandeur qui transcende tout son règne.
La population parisienne était, racontent les témoins, frappée de stupeur devant la gravité du crime qui allait être commis. La Convention avait jugé nécessaire de déployer trente mille hommes de troupes pour contenir la foule, de crainte qu’elle se soulève pour délivrer le Roi condamné.
Lorsque la voiture qui conduisait Louis XVI à l’échafaud fut arrivée au pied de la guillotine, le bourreau, apprêtant le Roi, voulut lui lier les mains. Le Roi résista à cet affront. Pour l’apaiser, son confesseur, l’abbé Edgeworth de Firmont lui expliqua que cette nouvelle humiliation serait pour lui un nouveau trait de ressemblance entre lui et le Christ qui allait être sa récompense. Alors, le Roi consentit. Une fois sur l’échafaud, le Roi voulut s’adresser à la foule. Il imposa silence aux tambours et prononça ces mots : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe pas sur la France…  ». Santerre et Berryer prirent peur. Déjà, des cris de « Grâce ! » montaient de la foule. Ils décidèrent de le faire taire pour éviter que le peuple présent ne s’enhardît et s’opposât à l’exécution. La voix du Roi fut alors couverte par les tambours. Quelques instants plus tard, « le fils de Saint-Louis montait aux Cieux ».
La France ne s’en est jamais relevée. La blessure saigne toujours. Ce parricide est la source lointaine de la division des Français.
Au cours des mois qui suivirent, nombreux furent ceux que la République jacobine assassina ici, à l’instar du Roi, après une parodie de procès :
La Reine Marie-Antoinette, admirable de dignité et de courage, tuée le 16 octobre 1793.
Madame Elisabeth, morte en odeur de sainteté le 10 mai 1794.
L’un des avocats du Roi, Chrétien Guillaume Lamoignon de Malesherbes, exécuté le 22 avril 1794, avec enfants et petits-enfants. Deux fois ministre de Louis XVI, le « cher Malesherbes » s’était porté volontaire pour être le défenseur du Roi, en des termes très nobles : « J’ai été deux fois au conseil de celui qui fut mon maître dans le temps que cette fonction était ambitionnée par tout le monde : je lui dois le même service, lorsque c’est une fonction que bien des gens trouvent dangereuse ».
Ces quelques mots illustrent la parfaite dignité, le courage simple d’un cœur élevé, soucieux de faire ce qu’il doit faire, c’est-à-dire de donner en toute circonstance le meilleur de lui-même.

Il montre également ce qu’est un homme véritablement libre. Un demi-siècle plus tard, l’arrière-petit-fils de Malesherbes, Alexis de Tocqueville, dans L’Ancien Régime et la Révolution, portera cette appréciation remarquable sur la liberté qui existait sous l’Ancien Régime : « Quelque soumis que fussent les hommes de l’Ancien Régime aux volontés du Roi, il y avait une sorte d’obéissance qui leur était inconnue : ils ne savaient pas ce que c’était que se plier sous un pouvoir illégitime ou contesté, qu’on honore peu, que souvent on méprise, mais qu’on subit volontiers parce qu’il sert ou peut nuire. Le Roi leur inspirait des sentiments qu’aucun des princes les plus absolus qui ont paru depuis dans le monde n’a pu faire naître, et qui sont même devenus pour nous presque incompréhensibles, tant la Révolution en a extirpé de nos cœurs jusqu’à la racine. Ils avaient pour lui tout à la fois la tendresse qu’on a pour un père et le respect qu’on ne doit qu’à Dieu. En se soumettant à ses commandements les plus arbitraires, ils cédaient moins encore à la contrainte qu’à l’amour, et il leur arrivait souvent ainsi de conserver une âme très libre jusque dans la plus extrême dépendance  ».

Comme nous le voyons, les racines du mal qui menace notre civilisation sont anciennes. Les connaître est nécessaire à l’efficacité de notre combat, tant il est vrai que, selon les mots de Tocqueville, «  le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres  ». »

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