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[EX-LIBRIS] Jean-Marie Le Méné : Les premières victimes du transhumanisme

Recension de l’ouvrage de Jean-Marie Le Méné, Les premières victimes du transhumanisme, publié en février 2016 aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. 176 pages.

De scandales, il en est question dans ce livre, et par trois fois. Le premier, par lequel commence l’ouvrage, est celui de la « censure » par le CSA [1] d’un message Dear future Mom sous forme de vidéo montrant tout simplement des trisomiques heureux de vivre. Le second scandale que cache et explique aussi ce premier est l’arrivée d’un nouveau test de dépistage de la trisomie 21 en Europe. Le troisième, que l’arrivée de ce nouveau test met en lumière, est ancien : l’actuel test de dépistage cause la mort de bien plus de fœtus sains qu’il ne détecte (puis n’élimine) de fœtus atteints de trisomies 21.

Président de la fondation Jérôme Lejeune depuis plus de vingt ans, Jean-Marie Le Méné avait montré dans La trisomie est une tragédie grecque à quel point le dépistage de la trisomie 21, devenu systématique, fait peser une pression inhumaine sur les femmes. Les mères qui ont mis au monde un enfant trisomique, ne le découvrant qu’après disent « heureusement qu’on ne l’a pas su avant ». La grossesse est ainsi sereine, et l’acceptation du handicap est plus facile après, comme le voit souvent la Fondation Jérôme Lejeune. Ainsi, le dépistage automatique a réussi ce tour de force de culpabiliser et les femmes qui ont gardé leur enfant, et celles qui ont avorté.

Le dépistage systématique, « pour notre bien », aboutit désormais à l’élimination de plus de 90% des enfants trisomiques détectés et « les deux régulateurs naturels de l’eugénisme devraient être les parents et les médecins. Mais, pour des raisons différentes, ils ne jouent pas leurs rôles » [2].

Une « opportunité de marché »

Le comité d’éthique, les experts scientifiques, le corps médical, le CCNE, les associations de personnes handicapées (victime d’un syndrome de Stockholm), les autorités morales, les médias et pour finir les politiques ont tous abdiqué, abandonné ce combat contre l’eugénisme. L’humanisme classique qui protège les plus faibles est désormais abandonné par la société et remplacé par le transhumanisme. « Ce n’est pas la maladie qui est traquée mais le malade » [3]. Il faut alors se poser une autre question : comment inciter et développer la recherche médicale quand les malades sont éliminés avant leur naissance ?

L’on cherche désormais à se débarrasser de la trisomie, non en éradiquant la maladie, mais en éradiquant les malades. Cet eugénisme, qui ressemble en de nombreux points à l’Aktion T4 (et Le Méné parle justement de « racisme génétique ») a fait ses premières victimes, mais le titre du livre le sous-entend clairement : d’autres victimes suivront. Car pourquoi s’arrêter à la Trisomie ? Sequenom, la Biotech à l’origine du nouveau test de dépistage de la trisomie 21 l’a en effet déjà annoncée : elle veut étendre ce test à d’autres maladies, jusqu’à pouvoir créer le test ultime. S’ouvre ainsi un marché sans fin pour diagnostiquer l’enfant sans défaut.

Le médical cède le pas au pharmaceutique et au profit, ce n’est plus le remède à la maladie qui intéresse, mais la détection de la maladie elle-même. Le dépistage de la trisomie 21 est ainsi une “opportunité de marché”, un “business plan”, une poule aux œufs d’or car l’élimination des trisomiques fonde en effet l’intérêt du nouveau produit de Sequenom : plus rapide, présentant un taux de détection plus élevé et de faux positifs plus faible, il répond à « la hantise de rater la cible » et à « l’obsession de l’exhaustivité ». Le marché mondial est gigantesque, il se chiffre en milliards.

Présenté opportunément comme plus fiable, ce test révèle cependant que « depuis vingt ans, on a « oublié » de dire que le prélèvement de liquide amniotique par l’amniocentèse entraînait des fausses couches dans environ 1 % des cas […] pour chaque fœtus trisomique dépisté, la technique de l’amniocentèse fait perdre deux enfants sains, ce qu’on s’est bien gardé de crier sur les toits » [4].

Mais en dénonçant opportunément le test actuel, on ne cherche pas à lutter contre l’eugénisme ou à offrir une meilleur prise en charge médicale des enfants trisomiques mais à faire la publicité d’un nouveau « produit », à améliorer le processus de détection, et donc d’élimination tout en tentant de réduire le nombre des “victimes collatérales”. « Plus on dépiste, plus on élimine » [5].

Expliquant les différents scandales dont a été l’objet Sequenom par le passé, soulignant les conflits d’intérêts de ceux qui promeuvent ce nouveau test en France, Le Méné montre pourquoi l’implantation de ce marché en Europe est une mine d’or. Car une fois approuvé, ce test finira par être rapidement remboursé par l’état, au nom de l’égalité, car il n’est pas envisageable que seuls les riches puissent y avoir accès, tout cela avec une facilité déconcertante, l’eugénisme étant déjà installé en France depuis bien longtemps et les consciences endormies.

« Le dépistage de la trisomie 21 est une rente indexée sur le génocide continu »

Et le fichage des handicapés et des maternités ne semblent désormais pas non plus déranger, il est même encouragé, à la demande du marché, pour aboutir à de meilleures « performances » [6]. Et Le Méné insiste, « Le dépistage de la trisomie 21 est une rente indexée sur le génocide continu » [7].

« Ce dépistage anténatal est transformé en offre médicale lucrative dont la clé de voûte est l’avortement présenté comme l’alternative – définitive – à la naissance d’un enfant trisomique. Pour que « ça marche », il faut nécessairement que la demande soit à la « hauteur » de l’offre proposée. Si l’offre se présente comme un contrepoison à la trisomie, alors la trisomie doit être érigée au rang de poison » [8].

C’est pourquoi la censure du CSA était logique et nécessaire, pour ne pas déranger ce nouveau marché qui arrive, pour ne pas que le moindre doute sur le bien fondé d’une telle mesure puisse s’élever. « Le droit des féministes, selon le CSA, irait jusqu’à étouffer le droit des rescapés de l’avortement à signaler qu’ils existent, même dans un statut de minorité en voie de disparition. Le féminisme, pour se maintenir à tout prix, aurait besoin de nier la liberté d’expression de ses victimes, non pas à se victimiser mais à dire qu’elles restent heureuses, malgré leur situation de cibles ! Cela va très loin... » [9]. Une autre manipulation ne manquera pas d’indigner : il n’y eu en réalité que deux lettres de plaintes [10] à l’origine de la saisie du CSA et de la censure de la vidéo.

« la privatisation du ventre des femmes sur toute la planète, c’est l’eldorado du XXIe siècle »

Le scandale est immense. Mais il est connu, et continue dans l’indifférence de la majorité. Comment alors résister quand tous les acteurs qui auraient du intervenir pour défendre l’humanisme occidental se sont éclipsés les uns après les autres ? Comment faire face à ce marché mondial, à cette volonté économique qui fait de « l’avortement une marchandise et le ventre des femmes un magasin sous surveillance. » ? Car il faut bien comprendre que « la privatisation du ventre des femmes sur toute la planète, c’est l’eldorado du XXIe siècle ». Que le « marché » de la GPA soit lui aussi en plein développement montre à quel point le transhumanisme est en train de gagner.

Ce qu’espère Jean-Marie Le Méné c’est que si le public n’est pas sensible aux arguments émotionnels, ils le sera peut-être au plan financier. Or, en France, l’État paie tout dans le domaine de la santé, et, selon le dernier avis du CCNE, le financement de ce nouveau test par l’état est estimé à un milliard, l’or des Mongols…


[1Le Conseil supérieur de l’audiovisuel n’a pas, à proprement parler, de pouvoir de censure, puisque au contraire il a pour mission de garantir la liberté de communication audiovisuelle en France. Il est toutefois habilité à intervenir auprès des chaînes, sur le fondement de la mission de suivi des programmes dont il est investi, à propos du contenu d’une émission. Dans la pratique, ainsi, les conditions d’exercice de cette mission peuvent parfois revenir à un pouvoir de censure de facto. Dans ce cadre, il a adressé, le 25 juin 2015, le message de sensibilisation suivant à M6, Canal + et D8 :

« Le Conseil a été saisi de plaintes à la suite de la diffusion, dans les écrans publicitaires de M6, Canal+ et D8 entre le 21 mars et le 21 avril 2014, d’un message de sensibilisation à la trisomie 21. Intitulé « Chère future maman », il était soutenu par les associations Coordown, Les amis d’Éléonore et la fondation Jérôme-Lejeune, fondation dont la vocation est notamment la lutte contre l’avortement.

« Le Conseil considère que ce message ne relève pas de la publicité au sens de l’article 2 du décret du 27 mars 1992. Bien qu’ayant été diffusé à titre gracieux, il ne peut pas non plus être regardé comme un message d’intérêt général, au sens de l’article 14 de ce même décret, puisqu’en s’adressant à une future mère, sa finalité peut paraître ambigüe et ne pas susciter une adhésion spontanée et consensuelle. En conséquence, le Conseil considère qu’il ne pouvait être inséré au sein des écrans publicitaires.

« S’inscrivant dans une démarche de lutte contre la stigmatisation des personnes handicapées, ce message aurait pu être valorisé, à l’occasion de la Journée mondiale de la trisomie 21, par une diffusion mieux encadrée et contextualisée, par exemple au sein d’émissions.

« Le Conseil est intervenu auprès des chaînes afin de leur demander, à l’avenir, de veiller aux modalités de diffusion des messages susceptibles de porter à controverse.

« Il a répondu en ce sens aux plaignants »

[2p.81.

[3p.22.

[4p.88.

[5p.103.

[6p.108.

[7p.46.

[8p.138.

[9p.147.

[10p.152.

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